Affrontement, depuis la fin du XIXᵉ siècle, entre le mouvement national juif (sionisme), puis l'État d'Israël créé en 1948, et le mouvement national palestinien, pour le contrôle d'un même territoire entre la mer Méditerranée et le Jourdain.
Le conflit israélo-palestinien est l’un des conflits les plus longs, les plus internationalisés et les plus regardés de la planète. Il met aux prises deux mouvements nationaux qui revendiquent le même territoire — entre la mer Méditerranée et le Jourdain — sur fond de questions identitaires, religieuses et de droit international. Cette fiche en suit la chronologie sans prendre parti, en s’appuyant sur des sources de référence : ONU, ministère français des Affaires étrangères, Henry Laurens (Collège de France), IFRI, Le Monde, France Culture.
Définition : deux nationalismes, une seule terre
Au cœur du conflit, deux projets nationaux apparus à la fin du XIXᵉ siècle dans un Empire ottoman finissant :
- Le sionisme, mouvement politique juif fondé par Theodor Herzl (L’État juif, 1896), qui vise à créer un foyer national juif en Palestine historique.
- Le nationalisme palestinien, qui se cristallise au début du XXᵉ siècle, d’abord dans le cadre du nationalisme arabe, puis comme mouvement propre après 1948.
Ces deux mouvements revendiquent la même terre, riche d’héritages religieux pour le judaïsme, le christianisme et l’islam — Jérusalem en est le symbole le plus aigu.
Origines : du sionisme au plan ONU de 1947
À la fin du XIXᵉ siècle, l’Europe est traversée par les nationalismes et les vagues d’antisémitisme (pogroms en Russie, affaire Dreyfus en France). En 1896, Theodor Herzl publie L’État juif et lance le sionisme politique. La Palestine, alors province de l’Empire ottoman, est choisie comme objectif. Les premières Aliyot (vagues d’immigration juive) commencent.
La Première Guerre mondiale rebat les cartes. En 1917, par la déclaration Balfour, le Royaume-Uni s’engage à favoriser « l’établissement en Palestine d’un foyer national pour le peuple juif ». En 1922, la Société des Nations confie aux Britanniques un mandat sur la Palestine.
Pendant l’entre-deux-guerres, l’immigration juive s’accélère — surtout après l’arrivée d’Hitler au pouvoir en Allemagne. Les révoltes arabes se multiplient (1929, 1936-1939). Après la Shoah (extermination de ~6 millions de juifs d’Europe) et la fin du mandat britannique, l’ONU vote le 29 novembre 1947 la résolution 181, qui prévoit :
- un État juif sur ~55 % du territoire,
- un État arabe sur ~45 %,
- Jérusalem placée sous statut international (corpus separatum) administrée par l’ONU.
Le plan est accepté par l’Agence juive, rejeté par les États arabes.
Quatre figures qui ont façonné le conflit
Journaliste austro-hongrois. Marqué par l'affaire Dreyfus, il publie en 1896 L'État juif, qui pose les bases du sionisme politique. Organise le premier Congrès sioniste à Bâle en 1897. Mort à 44 ans, il n'a pas vu la création de l'État d'Israël qu'il avait imaginée.
Né en Pologne, immigre en Palestine ottomane en 1906. Dirigeant de l'Agence juive, il proclame l'indépendance d'Israël le 14 mai 1948 et devient le premier Premier ministre du nouvel État. Figure tutélaire du sionisme travailliste, il dirige Israël jusqu'en 1963.
Né au Caire, fondateur du Fatah (1959) puis chef de l'OLP à partir de 1969. Pour les Palestiniens, le « rais » incarnera pendant trente-cinq ans la cause nationale. Prix Nobel de la paix 1994 (avec Rabin et Peres) pour les accords d'Oslo. Premier président de l'Autorité palestinienne en 1994.
Général qui dirige Tsahal pendant la guerre des Six Jours (1967). Premier ministre travailliste à deux reprises (1974-1977, 1992-1995). Signe les accords d'Oslo avec Arafat. Prix Nobel de la paix 1994. Assassiné à Tel-Aviv le 4 novembre 1995 par un extrémiste juif opposé au processus de paix.
Trois guerres fondatrices : 1948, 1967, 1973
1948 — La guerre d’indépendance / Nakba. Le 14 mai 1948, David Ben Gourion proclame l’indépendance d’Israël. Le lendemain, une coalition d’États arabes (Égypte, Jordanie, Syrie, Irak, Liban) attaque. Israël remporte la guerre. Selon l’ONU, environ 700 000 Palestiniens quittent leurs villes et villages — c’est la Nakba (« catastrophe » en arabe). Israël s’agrandit au-delà des frontières prévues par le plan ONU.
1967 — La guerre des Six Jours. Tension croissante avec l’Égypte de Gamal Abdel Nasser, qui bloque le détroit de Tiran. Devançant l’attaque, Israël lance une offensive éclair (5-10 juin 1967) et conquiert quatre nouveaux territoires : la Cisjordanie et Jérusalem-Est (à la Jordanie), la bande de Gaza et le Sinaï (à l’Égypte), le plateau du Golan (à la Syrie). L’ONU adopte la résolution 242 qui pose le principe « paix contre territoires ».
1973 — La guerre du Kippour. L’Égypte d’Anouar el-Sadate et la Syrie attaquent par surprise pendant la fête juive de Yom Kippour. Israël repousse l’offensive après des combats difficiles. Cette guerre ouvre la voie aux accords de Camp David (1978) sous médiation américaine (Jimmy Carter) : retrait israélien du Sinaï, reconnaissance mutuelle Israël–Égypte, premier traité de paix israélo-arabe en 1979.
Oslo 1993 et le processus de paix
À la fin de la guerre froide, le contexte change. La première Intifada (1987-1993), soulèvement populaire palestinien (manifestations, jets de pierres), attire l’attention mondiale. À Madrid (1991) puis à Oslo (1992-1993), des négociations secrètes sont menées sous l’égide de la Norvège.
Le 13 septembre 1993, à Washington, Yitzhak Rabin (Premier ministre israélien) et Yasser Arafat (chef de l’OLP) se serrent la main devant le président américain Bill Clinton. Les accords d’Oslo prévoient une feuille de route intérimaire.
Le processus déraille rapidement : assassinat de Rabin en novembre 1995 par un extrémiste israélien, attentats palestiniens, multiplication des colonies juives en Cisjordanie. Le sommet de Camp David II (juillet 2000) entre Ehud Barak et Arafat échoue. Selon Henry Laurens, « Oslo a posé les bases mais n’a pas suffi à créer la confiance » nécessaire à un État palestinien souverain.
Intifadas et la question de Gaza
L’échec d’Oslo provoque la seconde Intifada (2000-2005), beaucoup plus violente que la première : attentats-suicides côté palestinien, opérations militaires israéliennes, construction d’une barrière de séparation en Cisjordanie. Bilan : plus de 4 000 morts, en majorité palestiniens, selon l’ONU.
En 2005, Ariel Sharon organise le retrait unilatéral d’Israël de la bande de Gaza : 8 000 colons israéliens sont évacués. L’année suivante, le Hamas — mouvement islamiste fondé en 1987, classé terroriste par l’UE, les USA, Israël et le Canada — remporte les élections législatives palestiniennes. Il prend par la force le contrôle de Gaza en 2007 et entre en conflit ouvert avec le Fatah de Mahmoud Abbas, qui dirige la Cisjordanie.
7 octobre 2023 et la guerre à Gaza
Le 7 octobre 2023, le Hamas et d’autres groupes armés lancent depuis Gaza une attaque massive contre Israël. Selon le bilan israélien : environ 1 200 morts (en majorité des civils, dont des enfants et des personnes âgées) et ~250 otages emmenés à Gaza. C’est, selon le mémorial Yad Vashem, le jour le plus meurtrier pour les juifs depuis la Shoah.
Israël répond par une offensive militaire massive à Gaza, avec deux objectifs affichés par le gouvernement Nétanyahou : démanteler le Hamas et libérer les otages. Selon le ministère de la Santé de Gaza (Hamas), les frappes israéliennes ont fait, à la mi-2024, plusieurs dizaines de milliers de morts palestiniens. Les Nations unies parlent d’une catastrophe humanitaire et de risques de famine ; l’ONU et plusieurs ONG (HRW, Amnesty) ont émis des accusations de crimes de guerre, contestées par Israël.
Le conflit s’élargit à la région :
- Tirs du Hezbollah libanais à partir du 8 octobre 2023 ; cessez-le-feu Israël–Liban en novembre 2024.
- Attaques des Houthis yéménites contre la navigation en mer Rouge depuis novembre 2023 — chute de 60 à 65 % du trafic du canal de Suez.
- Échanges directs Israël–Iran en avril et octobre 2024.
- Chute de Bachar el-Assad en Syrie en décembre 2024.
- Cour internationale de justice saisie par l’Afrique du Sud (décembre 2023) ; mandat d’arrêt de la CPI contre Nétanyahou et Yoav Gallant en novembre 2024.
En janvier 2025, un cessez-le-feu en plusieurs phases est négocié sous médiation Qatar – Égypte – États-Unis. Libération progressive des otages encore vivants ; difficultés persistantes sur la phase 2.
Les acteurs : qui pèse sur le conflit ?
Le conflit dépasse largement Israéliens et Palestiniens. Sept catégories d’acteurs structurent l’arène diplomatique — vous pouvez les explorer pays par pays sur la carte interactive ci-dessus.
Les protagonistes directs
Israël — démocratie parlementaire (Knesset), ~9,5 M habitants, première armée de la région.
Autorité palestinienne (Fatah) — administre la Cisjordanie depuis Oslo, affaiblie.
Hamas — contrôle Gaza depuis 2007, classé terroriste par UE/USA/Israël/Canada.
Les pays en paix avec Israël
Égypte (1979), Jordanie (1994), EAU, Bahreïn, Maroc et Soudan (accords d'Abraham, 2020). Six pays arabes seulement sur ~22 ont reconnu Israël en 2025.
Soutiens majeurs d'Israël
États-Unis (~3,8 Md$ d'aide militaire/an), Allemagne (2ᵉ fournisseur d'armes), Royaume-Uni, France, Italie, Canada, Australie, Autriche, Hongrie.
« Axe de la résistance »
Iran (pivot), Hezbollah au Liban, Houthis au Yémen, et la Syrie d'Assad jusqu'à sa chute en décembre 2024. Tous soutiennent — financièrement et militairement — le Hamas.
Médiateurs
Qatar (héberge le bureau politique du Hamas depuis 2012), Égypte (frontière de Rafah), États-Unis (poids diplomatique), Turquie et Norvège (héritage d'Oslo).
Procédure CIJ
Afrique du Sud saisit la Cour internationale de Justice en décembre 2023 sur le fondement de la Convention de 1948 sur le génocide. Une douzaine de pays interviennent (Espagne, Irlande, Belgique, Mexique, Colombie, Bolivie, Turquie…). Affaire en cours.
La solution à deux États
La communauté internationale, à travers l’ONU, défend depuis 1947 la solution à deux États : un État israélien et un État palestinien souverain, vivant côte à côte dans des frontières internationalement reconnues. Cinq dossiers bloquent la négociation depuis Oslo :
- Jérusalem — revendiquée comme capitale par les deux camps.
- Colonies juives en Cisjordanie — ~700 000 colons selon l’ONU, ce qui rend la création d’un État palestinien d’un seul tenant de plus en plus difficile.
- Réfugiés palestiniens — environ 6 millions inscrits à l’UNRWA, et la question du « droit au retour ».
- Sécurité d’Israël — face au Hamas, au Hezbollah, à l’Iran.
- Frontières — celles de 1967 ? avec échanges de territoires ? avec un couloir entre Cisjordanie et Gaza ?
Deux options sont aujourd’hui dans le débat public :
- La solution à deux États : option officielle de l’ONU, de l’Union européenne, de l’Autorité palestinienne et de la majorité de la communauté internationale. Soutenue par les Accords d’Oslo et reprise par chaque administration américaine (Bush, Obama, Biden) sans avancée décisive.
- La solution à un État binational : option défendue par certains intellectuels comme Edward Saïd ou Tony Judt. Très minoritaire dans les opinions publiques des deux camps.
À court terme, après le 7 octobre, aucune des deux n’apparaît proche. Selon une enquête PCPSR (Ramallah) de juin 2024, moins d’un Palestinien sur quatre soutient désormais la solution à deux États ; côté israélien, moins d’un sur trois selon l’Institut de la démocratie israélienne. Pour Henry Laurens (France Culture, 2024), « la fenêtre d’Oslo s’est refermée, mais aucune autre solution viable n’est apparue à sa place ».
Pour aller plus loin
- ONU, résolutions 181 (1947), 242 (1967), 338 (1973), 2334 (2016).
- Cour internationale de justice, Application of the Convention on the Prevention and Punishment of the Crime of Genocide (South Africa v. Israel), instance ouverte en décembre 2023.
- IFRI (Institut français des relations internationales), dossiers du Politique étrangère sur le Proche-Orient.
- France Culture, La Fabrique de l’Histoire et émissions consacrées au conflit (Henry Laurens, Vincent Lemire, Jean-Pierre Filiu).
- Diploweb, cartothèque Proche-Orient.
🎯 Au programme
- Bac terminale HGGSP — thèmes « Faire la guerre, faire la paix : formes de conflits et modes de résolution » et « Histoire et mémoires ».
- Bac terminale Histoire-Géographie tronc commun — chapitre « Le Moyen-Orient et le pétrole » et étude des conflits récents.
- Prépa / Sciences Po — épreuves d’histoire contemporaine, relations internationales, géopolitique.
Acteurs du conflit israélo-palestinien (2024-2025)
Une lecture neutre des positionnements diplomatiques après le 7 octobre 2023 : les deux protagonistes, les pays signataires d'un traité de paix avec Israël (Égypte 1979, Jordanie 1994, accords d'Abraham 2020), les soutiens diplomatiques et militaires majeurs d'Israël, l'« axe de la résistance » iranien, les médiateurs actifs (Qatar, Turquie, Norvège), et les pays plaignants ou intervenants à la procédure CIJ ouverte par l'Afrique du Sud (décembre 2023). Sources : ONU, ministère français des Affaires étrangères, IFRI, Le Monde, France Culture.
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À retenir
- Conflit territorial entre mouvement national juif (sionisme, fin XIXᵉ) et mouvement national palestinien, sur le même espace.
- Plan ONU de 1947 → guerre de 1948 → naissance de l'État d'Israël et exode palestinien (Nakba, ~700 000 réfugiés).
- Guerre de 1967 : Israël occupe Cisjordanie, Gaza, Jérusalem-Est, Sinaï et Golan. Début de l'occupation.
- Accords d'Oslo (1993) : reconnaissance mutuelle, autorité palestinienne — mais pas d'État palestinien souverain.
- Depuis le 7 octobre 2023, guerre à Gaza et front régional élargi (Hezbollah, Houthis, Iran) ; cessez-le-feu en janvier 2025.
Auto-évaluation
Teste tes connaissances
Q1.Que prévoit la résolution 181 votée par l'ONU le 29 novembre 1947 ?
Explication :La résolution 181 recommande la création de deux États indépendants et un statut international (corpus separatum) pour Jérusalem. Elle est acceptée par l'Agence juive et rejetée par les États arabes.
Q2.Quels territoires Israël occupe-t-il à l'issue de la guerre des Six Jours (juin 1967) ?
Explication :En six jours, Israël prend la Cisjordanie et Jérusalem-Est à la Jordanie, Gaza et le Sinaï à l'Égypte, le Golan à la Syrie. La résolution 242 de l'ONU formule alors le principe « la paix contre les territoires ».
Q3.Que signent Yitzhak Rabin et Yasser Arafat à Washington le 13 septembre 1993 ?
Explication :Les accords d'Oslo sont une feuille de route intérimaire : reconnaissance mutuelle Israël/OLP, création de l'Autorité palestinienne, autonomie progressive sur certains territoires. Les questions finales (frontières, Jérusalem, réfugiés, colonies) sont reportées.
Q4.Combien de pays membres de l'ONU reconnaissent officiellement l'État de Palestine en 2025 ?
Explication :Selon le ministère français des Affaires étrangères et l'ONU, environ 146 États sur 193 reconnaissent officiellement l'État de Palestine en 2025. La France, le Royaume-Uni, le Canada et la Belgique l'ont fait en septembre 2025.
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Pour aller plus loin
Une sélection de livres pour approfondir cette notion : manuels, essais, romans et classiques.
La Question de Palestine (5 vol.)
Le grand classique français du conflit, en cinq volumes. Henry Laurens (Collège de France) déroule la chronologie de 1799 à nos jours en s'appuyant sur les archives des deux camps, sans prendre parti. La référence universitaire.
Lien à venirLes Cent Ans de guerre contre la Palestine
Historien américano-palestinien (Columbia), Khalidi propose une lecture longue (1917-2017) du point de vue palestinien. Une voix savante à lire en miroir d'auteurs israéliens (Benny Morris, Tom Segev) pour faire la balance.
Lien à venirHistoire d'Israël
Anita Shapira (Université de Tel-Aviv) retrace l'histoire d'Israël de 1881 à nos jours. Une synthèse claire, vue d'Israël, par une historienne reconnue. Complément utile au regard de Khalidi.
Lien à venirUne vie pour la paix
Mémoires du général puis Premier ministre israélien, signataire des accords d'Oslo. Assassiné en 1995 par un extrémiste israélien. Document essentiel pour saisir le tournant du processus de paix par celui qui l'a porté.
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