Conflit armé déclenché par l'invasion russe de l'Ukraine le 24 février 2022, prolongement direct de la guerre de basse intensité ouverte en 2014 avec l'annexion de la Crimée et la déstabilisation du Donbass.
Le 24 février 2022, à six heures du matin, Vladimir Poutine annonce le déclenchement d’une « opération militaire spéciale » destinée à « dénazifier » et « démilitariser » l’Ukraine. Quelques minutes plus tard, des missiles s’abattent sur Kyiv, Kharkiv, Odessa, Marioupol. Le plus grand pays d’Europe par la superficie est envahi par son voisin. Ce qui ne devait, selon les estimations occidentales et russes, durer que quelques jours dure depuis quatre ans. C’est la plus grande guerre conventionnelle qu’ait connue l’Europe depuis 1945, et elle a déjà bouleversé l’ordre mondial.
La guerre n’a pas commencé en 2022
C’est l’erreur la plus fréquente dans les copies. Le 24 février 2022 est le jour de l’invasion à grande échelle, pas celui du début du conflit. Pour comprendre, il faut remonter de huit ans, jusqu’à l’hiver 2013-2014.
À cette date, le président ukrainien pro-russe Viktor Ianoukovitch refuse de signer l’accord d’association avec l’Union européenne, qui devait pourtant être l’aboutissement de longues négociations. La place Maïdan, à Kyiv, se couvre de tentes. Les manifestations durent trois mois. Le 18 février 2014, les snipers tirent sur la foule. Bilan : une centaine de morts. Ianoukovitch s’enfuit vers la Russie le 22 février.
La réplique de Moscou est immédiate. Dès la fin février, des « petits hommes verts » — des soldats russes en uniformes sans insignes — prennent le contrôle des bâtiments officiels en Crimée. Un référendum bricolé le 16 mars donne 96 % en faveur du rattachement à la Russie. L’annexion est entérinée le 18 mars. C’est le premier changement de frontière par la force en Europe depuis 1945.
Quelques semaines plus tard, des hommes armés prennent le contrôle de bâtiments dans le Donbass — la région industrielle de l’est ukrainien — et proclament les « républiques populaires » de Donetsk et de Lougansk. Une guerre s’installe, avec des soldats russes officiellement absents mais effectivement présents. Elle fera 14 000 morts entre 2014 et 2022. C’est le conflit que l’on dit « gelé », mais qui n’a jamais vraiment cessé.
Comment l’Ukraine a survécu aux trois premières semaines
Côté russe, le plan de février 2022 reposait sur une certitude : les Ukrainiens accueilleraient les Russes en libérateurs. Les chefs militaires avaient préparé des uniformes de parade, et les premières unités emportaient des rations de quelques jours seulement.
Le calcul s’est révélé faux. À Kyiv, le président Volodymyr Zelensky — un ancien comédien que beaucoup tenaient pour léger — refuse l’évacuation que lui propose Washington.
Les forces ukrainiennes, formées depuis 2014 par les armées occidentales, tiennent le choc. Le convoi russe de 64 km de long en route vers la capitale s’enlise sur les routes du nord. Au bout de 35 jours, les troupes russes se retirent.
C’est en quittant les banlieues de Kyiv qu’elles laissent derrière elles Boutcha. Le 3 avril, les premières équipes ukrainiennes y découvrent les corps de centaines de civils exécutés, parfois les mains liées. Les images font le tour du monde. La Cour pénale internationale ouvre une enquête. Un mandat d’arrêt sera lancé en mars 2023 contre Vladimir Poutine, non pour les massacres de civils — qui restent à prouver individuellement — mais pour la déportation d’enfants ukrainiens vers la Russie.
Au sud, le siège de Marioupol dure 86 jours. Les défenseurs de l’aciérie Azovstal, retranchés dans des galeries souterraines avec des civils, deviennent l’un des symboles de la résistance ukrainienne. La ville tombe le 20 mai 2022, presque entièrement détruite.
La carte du conflit, en quatre temps
La carte interactive en haut de cette fiche montre le statut de chaque oblast. Voici une vue plus détaillée, ville par ville, avec les zones de combats actifs, les territoires russes et les frappes en profondeur.
Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut retenir quatre séquences successives.
1 — Mars-avril 2014
Annexion de la Crimée et début du conflit du Donbass. Premier accroc territorial. La frontière issue de 1991 est rompue.
2 — Février-mars 2022
Invasion à grande échelle. L'armée russe attaque sur quatre axes simultanés (Kyiv depuis la Biélorussie, Kharkiv et Soumy, Donbass, Crimée). Échec sur Kyiv au bout de cinq semaines.
3 — Sept-nov. 2022
Contre-offensives ukrainiennes. Reconquête de la région de Kharkiv en quatre jours, libération de Kherson. Le 30 septembre, Moscou annexe illégalement quatre oblasts qu'elle ne contrôle pas entièrement (143 voix contre à l'[ONU](/notions/onu/)).
4 — 2023-2025
Guerre d'usure. Échec de la contre-offensive ukrainienne de l'été 2023 face aux champs de mines. La Russie avance lentement à prix humain colossal. L'Ukraine compense par l'innovation drone et l'incursion à Koursk (août 2024).
Trois lectures pour un même événement
Pourquoi cette guerre ? La question paraît simple ; elle est en réalité la plus difficile. Les chercheurs en proposent trois lectures, qui se complètent plus qu’elles ne s’opposent.
Le dilemme de sécurité
Un État inquiet pour sa sécurité accroît sa puissance, ce qui est perçu comme une menace par l'autre. Dans cette lecture, l'élargissement de l'[OTAN](/notions/otan/) vers l'est (Pologne 1999, États baltes 2004, sommet de Bucarest 2008) a été lu par Moscou comme une menace existentielle. Argument cohérent, mais qui peine à rendre compte de la nature impériale du projet poutinien.
« Un seul et même peuple »
Pour Poutine, l'Ukraine n'existe pas comme nation distincte. Dans son article-fleuve de juillet 2021, il nie l'identité ukrainienne en s'appuyant sur la Rous de Kiev. Cette lecture éclaire la violence symbolique de la guerre — déportations d'enfants, destruction des langues, des manuels — que la lecture sécuritaire ne peut expliquer.
Une décision sans contre-pouvoir
Au pouvoir depuis 1999, Poutine s'est coupé de toute opposition (Nemtsov assassiné en 2015, Navalny mort en prison en 2024). Une décision aussi lourde que l'invasion d'un pays de 40 millions d'habitants a été prise par trois ou quatre personnes seulement. Sans débat, l'erreur stratégique devient possible à grande échelle.
Une copie qui ne mentionne que l'argument sécuritaire (élargissement [OTAN](/notions/otan/)) plafonnera. Une copie qui ne mentionne que l'argument identitaire passe à côté de la dynamique post-[guerre froide](/notions/guerre-froide/). Le bon réflexe : articuler les trois lectures.
La géopolitique a changé
Au-delà du champ de bataille, la guerre a déclenché trois ruptures géopolitiques majeures que tout candidat doit savoir nommer.
Le retour de l’OTAN
Donnée pour cliniquement morte par Emmanuel Macron en novembre 2019 — « l’OTAN est en état de mort cérébrale » —, l’Alliance atlantique a connu un sursaut spectaculaire. Deux pays neutres depuis des décennies l’ont rejointe : la Finlande en avril 2023, au terme de quatre-vingts ans de neutralité, avec ses 1 340 km de frontière avec la Russie ; la Suède en mars 2024, après deux siècles de non-alignement.
Les budgets de défense européens ont décollé. L’Allemagne a annoncé dès le 27 février 2022 un « Zeitenwende » — un changement d’époque — avec un fonds spécial de 100 milliards d’euros pour son armée. La Pologne dépense désormais plus de 4 % de son PIB en défense, le ratio le plus élevé de l’Alliance.
L’Union européenne se découvre stratégique
L’UE, longtemps moquée pour son impuissance géopolitique, a fait en quelques semaines ce qu’elle n’avait jamais fait. Douze paquets de sanctions à la Russie entre 2022 et 2024. Accueil sans précédent de plus de quatre millions de réfugiés ukrainiens grâce à la directive de protection temporaire — activée pour la première fois depuis sa création en 2001. Achats groupés d’armes au profit de Kyiv via la Facilité européenne pour la paix. Statut de candidat accordé à l’Ukraine et à la Moldavie en juin 2022, ouverture des négociations en décembre 2023.
Un Sud global qui refuse de choisir
C’est sans doute la rupture la plus durable, et celle que les copies oublient le plus souvent. Face au front uni des démocraties occidentales, une grande partie du monde a refusé de prendre parti. À la résolution ONU condamnant l’annexion d’octobre 2022, trente-cinq pays se sont abstenus : Chine, Inde, Afrique du Sud, Pakistan, Vietnam, la quasi-totalité des États d’Afrique centrale et orientale.
Ces pays — que l’on rassemble sous le terme imparfait de « Sud global » — n’aiment pas Poutine, mais ils refusent d’être disciplinés par un Occident qu’ils jugent à la fois moralisateur et sélectif (où était l’indignation lors de l’invasion de l’Irak en 2003 ?). Beaucoup conservent par ailleurs des liens d’armement, énergétiques ou diplomatiques avec Moscou hérités de la guerre froide.
Drones, économie de guerre, propagande
Cette guerre est aussi un laboratoire de la conflictualité du XXIᵉ siècle. Trois transformations techniques et stratégiques s’imposent.
D’abord, la guerre des drones. Les Bayraktar TB2 turcs, héros des premiers mois, ont été supplantés par les drones Shahed iraniens, les drones FPV (« First Person View ») et les drones navals ukrainiens qui ont fait reculer la flotte russe de la mer Noire. La frontière entre arme et grenade artisanale s’est estompée. Le Kiel Institute estime que la Russie en produit davantage encore que l’Ukraine en 2025.
Ensuite, une économie de guerre. L’industrie d’armement européenne, longtemps sous-dimensionnée, a triplé sa production d’obus de 155 mm. La République tchèque a piloté en 2024 une « initiative tchèque » d’achats groupés d’obus hors de l’UE pour pallier les retards américains.
Enfin, une guerre informationnelle d’une intensité inédite. Christine Dugoin-Clément (revue Études, oct. 2024) analyse comment Moscou, à travers ses agences (RT, Sputnik), ses réseaux d’influence — l’opération « Doppelgänger » a cloné des sites de presse occidentaux —, et le groupe Wagner-Africa Corps, a mené une guerre sémantique pour imposer la qualification d’« opération militaire spéciale » plutôt que de « guerre » — terme dont l’usage public est puni de prison en Russie.
Trump, Riyad et le réveil européen
L’élection de Donald Trump en novembre 2024 a bouleversé l’équilibre du soutien occidental. Le 28 février 2025, l’altercation publique entre Trump, J. D. Vance et Volodymyr Zelensky dans le Bureau ovale a été retransmise en direct dans le monde entier. Quelques jours plus tard, l’aide militaire américaine est suspendue, et des pourparlers américano-russes s’ouvrent à Riyad, sans la présence de l’Ukraine ni des Européens.
Les Européens ont répliqué en annonçant un plan d’aide de 50 milliards d’euros sur quatre ans. La France et le Royaume-Uni ont relancé l’idée d’une coalition de pays prêts à envoyer des troupes au sol en cas d’accord — « l’hypothèse Macron » de février 2024, alors largement moquée, est devenue un scénario de travail.
Au moment où ces lignes sont écrites (avril 2026), la guerre entame sa quatrième année. Aucune issue politique n’est en vue. Les positions restent incompatibles : Kyiv ne veut pas négocier la perte de territoires occupés, Moscou ne veut pas négocier le retour des frontières de 1991. La guerre d’usure continue.
Les ordres de grandeur
Les chiffres précis restent largement inconnus, soumis à la propagande des deux côtés. Les ordres de grandeur, eux, sont vertigineux.
| Bilan estimé (cumulé 2022-2025) | Ordre de grandeur |
|---|---|
| Soldats russes tués ou blessés | ≈ 700 000 (estimations Pentagone, GUR ukrainien) |
| Soldats ukrainiens tués ou blessés | ≈ 400 000 |
| Civils ukrainiens tués (ONU) | > 12 000 confirmés (sous-estimation probable) |
| Réfugiés ukrainiens à l’étranger | 6 à 8 millions |
| Déplacés internes en Ukraine | ≈ 4 millions |
| Enfants ukrainiens déportés en Russie | > 19 000 documentés (CPI) |
| Coût de la reconstruction de l’Ukraine (Banque mondiale 2024) | ≈ 500 milliards de dollars |
À ces chiffres, il faut ajouter ceux qu’on ne mesure pas : la fuite massive de Russes — particulièrement les ingénieurs et les jeunes diplômés — qui constitue, selon l’expression d’Anna Colin Lebedev, une « catastrophe démographique silencieuse » pour la Russie.
Au programme
- Brevet 3ᵉ — Histoire : « Le monde depuis 1991 », EMC : engagement et guerre.
- Bac terminale — HGGSP : « Faire la guerre, faire la paix » (Axe 1 : la dimension politique de la guerre — Clausewitz, conflits asymétriques, conflits de haute intensité), Histoire (le retour de la guerre en Europe), Géographie (recompositions du monde, frontières contestées).
L'Ukraine en 2025 — territoires libres, occupés, annexés
État du conflit estimé au 1ᵉʳ trimestre 2026, sur la base des cartes de l'Institute for the Study of War et des sources OSINT (DeepStateMap). Survole un oblast pour voir sa population et son statut, clique pour le détail.
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Le monde face à la guerre en Ukraine
Position de chaque pays vis-à-vis du conflit, à partir des votes ONU, des livraisons d'armes recensées par le Kiel Institute et des régimes de sanctions. La carte révèle un Occident élargi face à un « Sud global » qui refuse de choisir.
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À retenir
- Ce n'est pas une guerre de 2022 mais de 2014 : annexion de la Crimée et conflit du Donbass ont précédé l'invasion à grande échelle de huit ans.
- Trois lectures coexistent : la sécurité (élargissement de l'OTAN — Joseph Nye), l'identité (« un seul peuple » selon Poutine — Anna Colin Lebedev), la dérive autocratique du régime russe.
- Une rupture géopolitique : retour de la guerre de haute intensité en Europe, OTAN ressuscitée (Finlande 2023, Suède 2024), UE qui se découvre stratégique.
- Un monde fracturé : Occident élargi contre Sud global qui refuse de choisir (Inde, Brésil, Afrique du Sud, Indonésie, Arabie saoudite, Turquie).
- Une guerre nouvelle techniquement : économie de drones (millions d'unités/an), guerre informationnelle, économie de guerre russe à 6 % du PIB.
- Près de 10 millions de réfugiés ukrainiens, plus d'un million de soldats mis hors de combat dans les deux camps cumulés (estimations 2024).
Auto-évaluation
Teste tes connaissances
Q1.Quand commence vraiment la guerre russo-ukrainienne ?
Explication :L'invasion à grande échelle date du 24 février 2022, mais le conflit ouvert commence en mars 2014 avec l'annexion de la Crimée, suivie de la guerre du Donbass. Préciser cela dans une copie évite l'erreur grossière du « jour zéro ».
Q2.Que prévoyait le mémorandum de Budapest signé en 1994 ?
Explication :L'Ukraine renonce à l'arsenal nucléaire soviétique stationné sur son sol (3ᵉ au monde) en échange de garanties de sécurité signées par les États-Unis, le Royaume-Uni et la Russie. Cette dernière violera l'accord en 2014 puis en 2022.
Q3.Comment Vladimir Poutine justifie-t-il l'invasion dans son article de juillet 2021 ?
Explication :Dans le texte « Sur l'unité historique des Russes et des Ukrainiens » (juillet 2021), Poutine nie l'existence d'une nation ukrainienne distincte. C'est l'argument identitaire, à distinguer de l'argument sécuritaire (OTAN).
Q4.Quel pays a rejoint l'OTAN en avril 2023, en réaction directe à l'invasion ?
Explication :La Finlande, qui partage 1 340 km de frontière avec la Russie, a abandonné 80 ans de neutralité pour rejoindre l'OTAN. La Suède l'a suivie en mars 2024 après deux siècles de non-alignement.
Q5.Qu'est-ce que l'opération Boutcha (avril 2022) a révélé ?
Explication :À Boutcha, près de Kyiv, la découverte de centaines de civils exécutés a entraîné l'ouverture d'enquêtes par la Cour pénale internationale. Mandat d'arrêt délivré contre Vladimir Poutine en mars 2023 pour la déportation d'enfants ukrainiens.
Q6.Comment caractériser la position de la Chine dans le conflit ?
Explication :Pékin n'envoie pas d'armes mais maintient un partenariat économique massif (gaz, biens à double usage). Son plan de paix en 12 points de février 2023 a été jugé peu crédible par Kyiv. Le « Sud global » suit largement cette ligne d'équilibre.
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Pour aller plus loin
Une sélection de livres pour approfondir cette notion : manuels, essais, romans et classiques.
Jamais frères ? Ukraine et Russie : une tragédie postsoviétique
La sociologue de référence sur les sociétés post-soviétiques explique les divergences de trajectoires entre Ukraine et Russie depuis 1991. Court (200 p.), lumineux. Le livre à lire en premier.
Lien à venirL'Ukraine, la République et les oligarques
Le journaliste explore le système oligarchique ukrainien, depuis l'indépendance de 1991 jusqu'à la guerre. Un livre indispensable pour comprendre que l'Ukraine n'est pas un pays parfait — et pourquoi cela ne change rien à la légitimité de sa résistance.
Lien à venirLe Livre noir de Vladimir Poutine
Recueil collectif de 30 spécialistes (historiens, juristes, journalistes). Bilan accablant des 22 ans de pouvoir poutinien. Très utile pour citer des chiffres et des cas précis.
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L'écrivain ukrainien le plus traduit au monde tient le journal des premiers mois de l'invasion. Témoignage direct, écriture limpide. Pour mettre des visages sur les statistiques.
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Un récit de voyage écrit avant et pendant la guerre, du Caucase à l'Extrême-Orient russe. L'auteur, ancien directeur d'Alliance française à Donetsk en 2014, raconte la fabrique du nationalisme russe au quotidien.
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