Modification durable et accélérée du système climatique terrestre causée principalement, depuis le milieu du XIXᵉ siècle, par les émissions humaines de gaz à effet de serre — dioxyde de carbone, méthane, protoxyde d'azote — issues de la combustion des énergies fossiles, de l'agriculture intensive et de la déforestation. Le réchauffement moyen atteint déjà +1,3 °C par rapport à 1850-1900 ; l'objectif de l'Accord de Paris (1,5 °C) sera probablement dépassé entre 2027 et 2032 selon le GIEC.
Le 5 août 2024, à 9 h 11 heure de Greenwich, Copernicus annonce que l’année 2024 sera la première à dépasser +1,5 °C au-dessus de la moyenne préindustrielle. Trois mois plus tard, à Valence, des trombes d’eau noient en quelques heures 230 personnes. Trois mois après, Los Angeles brûle. Trois mois après encore, Trump retire les États-Unis de l’Accord de Paris pour la seconde fois. La séquence — record battu, catastrophes attribuables, retrait politique — n’est plus annuelle, elle est devenue mensuelle. Le changement climatique est sorti des rapports du GIEC pour entrer dans le quotidien.
« Si la planète était une banque, vous l’auriez déjà sauvée. » — Hugo Chávez à Copenhague, COP15, décembre 2009. La phrase a survécu à son auteur — elle reste la formule la plus citée des négociations climatiques.
Trois mots à ne pas confondre — climat, météo, écologie.
- Météo : l’état atmosphérique à un instant donné, dans un lieu donné. Quelques heures à quelques jours. « Il fait beau aujourd’hui. »
- Climat : la moyenne des conditions atmosphériques sur 30 ans ou plus, sur une région donnée. « Le climat méditerranéen se caractérise par des étés secs. »
- Changement climatique : la modification durable du système climatique (sur des décennies à des millénaires). À distinguer du « réchauffement climatique » qui est l’un de ses aspects.
- Écologie : à l’origine une science (l’étude des interactions entre organismes et environnement). Aujourd’hui aussi un mouvement politique (l’écologie comme idéologie environnementaliste). À ne pas confondre avec le climat — qui n’est qu’un des sujets de l’écologie.
À retenir : le climat n’est pas la météo. Une canicule isolée ne prouve rien ; une décennie consécutive de canicules le prouve.
Le climat en chiffres
Quatre chiffres pour saisir l’épaisseur du phénomène. Le seuil symbolique de +1,5 °C est franchi en moyenne annuelle (le seuil structurel — sur trente ans — le sera vers 2030). 423 ppm de CO₂ : un niveau qui n’avait pas été atteint depuis le Pliocène, il y a trois millions d’années — à une époque où la température moyenne mondiale était de 3-4°C plus élevée et le niveau de la mer 15 mètres plus haut. 36,8 Gt d’émissions annuelles, malgré l’Accord de Paris : la trajectoire reste compatible avec un réchauffement final de +2,7°C selon le PNUE. Trois milliards d’humains déjà très vulnérables — soit la moitié de la population mondiale qui paye, sans avoir émis, la facture des autres.
Une histoire scientifique en cinq actes
L’idée que les activités humaines pouvaient modifier le climat planétaire ne date pas d’hier. Elle a une histoire scientifique longue de 130 ans, qu’on peut résumer en cinq moments-clés.
1896 — Arrhenius pose les bases
Le chimiste suédois Svante Arrhenius publie le premier modèle quantitatif liant CO₂ atmosphérique et température terrestre. Il calcule qu'un doublement du CO₂ entraînerait un réchauffement de 5-6°C — chiffre étonnamment proche des estimations actuelles du GIEC. À l'époque, Arrhenius pensait même que ce réchauffement serait bénéfique pour les pays nordiques.
1958 — la courbe de Keeling
Charles David Keeling installe au sommet du Mauna Loa (Hawaï) la première station de mesure continue du CO₂ atmosphérique. La « courbe de Keeling » montre depuis 67 ans l'accumulation continue du CO₂ : de 315 ppm en 1958 à 423 ppm en 2024. Une signature inattaquable du forçage humain.
1988 — Hansen témoigne au Congrès
Le 23 juin, James Hansen, climatologue de la NASA, témoigne devant le Congrès américain : « Le réchauffement est en cours, et il est dû aux activités humaines. » Premier tournant médiatique aux USA. Création du GIEC la même année par l'OMM et le PNUE — agence intergouvernementale qui synthétise la science climatique.
1992-1997 — la diplomatie s'organise
Sommet de Rio en 1992 : adoption de la CCNUCC (Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques), base juridique de toutes les négociations climatiques depuis. Kyoto 1997 : premier protocole climatique contraignant — mais limité aux pays développés. Premier Sommet de la Terre et entrée du climat dans l'agenda diplomatique mondial.
2015-aujourd'hui — Paris et après
12 décembre 2015 : adoption de l'Accord de Paris à la COP21. Premier accord climatique universel — 196 parties. Objectif 1,5-2°C. Depuis 2015 : trajectoire mondiale toujours non alignée sur 1,5°C, premiers retraits américains (2017, 2025), première année dépassant +1,5°C en 2024. La science est devenue politique brûlante.
Quatre causes, quatre solutions
Le changement climatique n’a pas une seule cause, donc pas une seule solution. Quatre logiques structurent à la fois le diagnostic et les ripostes.
Ce diagnostic structure tous les débats. L’énergie représente 75 % — la transition énergétique est l’enjeu central. Mais il faut aussi traiter l’agriculture (méthane des ruminants, N₂O des engrais), arrêter la déforestation (Amazonie, Indonésie, Congo) et décarboner l’industrie lourde (acier, ciment) — les secteurs « hard-to-abate ». Et parallèlement, adapter les sociétés aux changements déjà inévitables.
Quatre figures qui ont défini le débat
Chimiste suédois. Premier scientifique à publier (1896) un modèle quantitatif liant CO₂ et température terrestre. Calcule qu'un doublement du CO₂ entraînerait +5 à 6°C — chiffre proche des estimations actuelles. Prix Nobel de chimie 1903 (pour ses travaux sur l'électrolyse). Son rapport entre CO₂ et climat est resté ignoré pendant cinquante ans avant d'être redécouvert.
Climatologue américain, directeur du Goddard Institute for Space Studies de la NASA. Témoignage historique devant le Congrès américain le 23 juin 1988 : « Le réchauffement est sans équivoque en cours. » Premier scientifique à mettre la question sur l'agenda politique mondial. Arrêté à plusieurs reprises pour actions de désobéissance civile climatique. Auteur de Storms of My Grandchildren (2009).
Diplomate costaricienne, secrétaire exécutive de la CCNUCC de 2010 à 2016. Architecte principale de l'Accord de Paris de 2015 — six ans après l'échec catastrophique de Copenhague 2009. Style de négociation patient, optimisme stratégique théorisé dans son livre The Future We Choose (2020). Co-fondatrice de Global Optimism.
Militante climatique suédoise. À 15 ans, en août 2018, commence une grève scolaire devant le Parlement suédois. Le mouvement Fridays for Future essaime dans plus de 150 pays. Discours du 23 septembre 2019 à l'ONU : « How dare you ? » — devient l'un des moments médiatiques les plus marquants de la décennie. Time Person of the Year 2019. A déplacé l'opinion mondiale de la jeunesse comme aucun activiste avant elle.
Quatre fronts de l’inégalité climatique
Inégalité d'émissions
Les 10 % les plus riches de la planète émettent 50 % du CO₂ mondial (Oxfam 2023). Les 50 % les plus pauvres : 8 %. Un Américain moyen émet 15 t CO₂/an ; un Pakistanais 1 t ; un Tuvaluan 0,5 t. La géographie des émissions ne suit pas la géographie des populations — elle suit la géographie des revenus et de l'industrialisation.
Inégalité d'impacts
Les pays qui émettent le moins subissent souvent le plus. Bangladesh : 0,5 % des émissions mondiales, 8 % de l'impact climatique mondial selon ND-GAIN. Pakistan : inondations 2022, 33 millions de sinistrés. Tuvalu, Kiribati : disparition projetée d'ici 2100. Sahel : sécheresses, conflits, déplacements. C'est l'« injustice climatique » centrale.
Inégalité d'adaptation
Un Néerlandais riche peut construire des digues et installer la climatisation. Un Bangladais pauvre, non. L'adaptation coûte ~150-300 Md$/an actuellement, devra atteindre 400 Md$/an d'ici 2030 selon le PNUE. Les flux d'aide effectifs aux pays du Sud : ~80 Md$/an en 2022, dont la moitié sous forme de prêts (et non de dons).
Inégalité diplomatique
Le concept de « Loss and Damage » (pertes et dommages) est porté depuis 1991 par les petits États insulaires. Un fonds a été créé à la COP27 (2022), opérationnalisé à la COP28 (2023). Mais doté de moins d'1 Md$ en 2024 — très loin des besoins (estimés à 400 Md$/an d'ici 2030). Refus américain depuis Trump 2 (2025) de toute contribution.
Au programme
HGGSP terminale (notamment thème 5 « L’environnement, entre exploitation et protection »), histoire-géographie de terminale générale, SVT et enseignement scientifique du tronc commun, EMC. Le sujet croise toutes les grandes notions de géopolitique : pétrole, mondialisation, frontières, immigration, agro-industrie.
Une dissertation utile articule trois échelles : scientifique (mécanismes, données, projections), économique (transition énergétique, coûts d’adaptation), géopolitique (inégalité d’émissions, justice climatique, COP).
Changement climatique — émissions et vulnérabilité 2024
Quatre logiques mondiales sur une seule carte : les méga-émetteurs (Chine, USA), les grands émetteurs (Inde, Russie, Allemagne), les pays-victimes (Bangladesh, Tuvalu, Pacifique) qui paient pour les autres, et les pays carbone-neutres (Bhoutan, Suriname, Costa Rica) qui montrent qu'une autre trajectoire est possible. La géopolitique climatique en un coup d'œil.
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À retenir
- Définition rigoureuse : le changement climatique est la modification durable du système climatique terrestre. Depuis 1850, il est très majoritairement anthropique — causé par les gaz à effet de serre émis par les activités humaines. Le réchauffement atteint déjà +1,3 °C en 2024 (moyenne décennale), +1,5 °C sur l'année 2024 seule.
- Trois gaz à connaître : CO₂ (76 % des émissions, durée 100-1000 ans), méthane (CH₄, 16 %, 80x plus puissant que CO₂ à 20 ans), protoxyde d'azote (N₂O, 6 %, 300x plus puissant). Plus quelques gaz fluorés.
- Quatre sources principales d'émissions : énergie (75 % — pétrole, charbon, gaz), agriculture et élevage (12 %), déforestation (11 %), industrie et ciment (5 %). La transition énergétique est l'enjeu central.
- Cinq impacts majeurs mesurés en 2024 : fonte de l'Arctique (-50 % d'étendue estivale depuis 1980), montée du niveau de la mer (+25 cm depuis 1900, +3,4 mm/an actuellement), événements extrêmes plus fréquents (canicules, sécheresses, inondations), acidification des océans (-30 % de pH), perte de biodiversité (taux d'extinction 1 000 fois supérieur au naturel).
- Acteurs et chiffres-clés : Chine 31 % des émissions, USA 14 %, UE 8 %, Inde 7,5 %. Émissions par habitant : 8 t CO₂/an (Chine), 15 t (USA), 4,5 t (France), 1 t (Pakistan). Le top 10 pèse 67 % des émissions globales.
- Trois étapes diplomatiques : Rio 1992 (CCNUCC, première convention climat), Kyoto 1997 (premier protocole contraignant — pour les pays développés seulement), Paris 2015 (engagements nationaux universels, objectif 1,5°C-2°C). 30 COP depuis 1995 — la 30ᵉ se tient à Belém en novembre 2025.
- Quatre figures à connaître : Svante Arrhenius (premier modèle de l'effet de serre, 1896), James Hansen (témoignage devant le Congrès américain, 1988), Christiana Figueres (architecte de l'Accord de Paris, 2015), Greta Thunberg (mouvement Fridays for Future, depuis 2018).
Auto-évaluation
Teste tes connaissances
Q1.Quel scientifique suédois a publié en 1896 le premier modèle quantitatif liant CO₂ et température terrestre ?
Explication :Svante Arrhenius (1859-1927), chimiste suédois, publie en 1896 <em>« On the Influence of Carbonic Acid in the Air upon the Temperature of the Ground »</em>. Il calcule qu'un doublement du CO₂ atmosphérique entraînerait un réchauffement de 5-6°C — chiffre étonnamment proche des estimations actuelles du GIEC (3-4,5°C). Prix Nobel de chimie 1903 (pour ses travaux sur l'électrolyse, pas le climat).
Q2.Quel objectif principal a été fixé par l'Accord de Paris signé en 2015 ?
Explication :L'Accord de Paris (12 décembre 2015) fixe l'objectif de contenir le réchauffement <em>« bien en-deçà de +2°C »</em> au-dessus du niveau préindustriel, et de <em>« poursuivre les efforts »</em> pour le limiter à +1,5°C. 196 États signataires. Premier accord climatique universellement adopté. Engagement de Christiana Figueres (secrétaire UNFCCC) et Laurent Fabius (président de la COP21).
Q3.Quel est le principal gaz à effet de serre émis par les activités humaines ?
Explication :Le CO₂ (dioxyde de carbone) représente environ 76 % des émissions de gaz à effet de serre d'origine humaine, principalement par la combustion des énergies fossiles (pétrole, charbon, gaz) et la déforestation. Le méthane (CH₄) en représente 16 %, mais il est 80x plus puissant que le CO₂ à court terme (20 ans). Le N₂O est encore plus puissant mais émis en plus petites quantités.
Q4.Quel pays émet aujourd'hui le plus de CO₂ au monde en valeur absolue ?
Explication :La Chine, depuis 2006, est le premier émetteur mondial en valeur absolue (~11,4 Gt CO₂/an, 31 % des émissions globales). Les USA restent deuxième (~5 Gt, 14 %), mais sont premiers en émissions cumulées historiques depuis 1850. La Chine est aussi premier investisseur mondial en énergies renouvelables, ce qui crée un paradoxe géopolitique fort.
Q5.Qu'est-ce que le GIEC, créé en 1988 ?
Explication :GIEC = Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (IPCC : Intergovernmental Panel on Climate Change). Créé en 1988 par l'OMM et le PNUE. Il ne fait pas de recherche : il synthétise la recherche climatique mondiale dans des rapports d'évaluation tous les 6-7 ans. Le 6ᵉ rapport (AR6, 2021-2023) a confirmé l'origine humaine du réchauffement (<em>« unequivocal »</em>). Prix Nobel de la paix 2007 avec Al Gore.
Q6.Quelle jeune suédoise a lancé en 2018 le mouvement « Fridays for Future » et a interpellé l'ONU à New York en 2019 ?
Explication :Greta Thunberg (née en 2003), militante climatique suédoise. À 15 ans, en août 2018, elle commence une grève scolaire devant le Parlement suédois. Le mouvement « Fridays for Future » essaime mondialement. Son discours du 23 septembre 2019 à l'ONU — <em>« How dare you ? »</em> — devient l'un des moments médiatiques les plus marquants de la décennie. Time Person of the Year 2019.
Q7.Que désigne le concept de « Loss and Damage » dans les négociations climatiques ?
Explication :« Pertes et dommages » : concept-pivot des négociations climatiques depuis 2007. Les pays vulnérables (petites îles, Bangladesh, Afrique) demandent aux pays riches une compensation pour les dommages déjà subis. Un fonds Loss and Damage a été créé à la COP27 (Charm-el-Cheikh, 2022) et opérationnalisé à la COP28 (Dubaï, 2023) — mais doté de moins d'1 Md$ en 2024, très loin des besoins (estimés à 400 Md$/an d'ici 2030).
Q8.Quel pays sera l'hôte de la COP30 en novembre 2025 ?
Explication :Le Brésil accueille la COP30 à Belém, en Amazonie, du 10 au 21 novembre 2025. Choix symbolique : tenir la conférence dans la plus grande forêt tropicale du monde. Présidence de Luiz Inácio Lula da Silva, qui a réduit la déforestation amazonienne de 50 % depuis son retour au pouvoir en 2023 (vs Bolsonaro).
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Pour aller plus loin
Une sélection de livres pour approfondir cette notion : manuels, essais, romans et classiques.
Le sixième rapport du GIEC
Synthèse en français disponible en ligne. 6ᵉ rapport d'évaluation (AR6) — 4 000 pages totales. La référence scientifique mondiale. Lecture obligatoire pour HGGSP, le résumé pour décideurs (40 pages) suffit en première lecture.
Lien à venirPetit traité de résilience locale
Les pionniers français de la « collapsologie ». Premier traité francophone sur les risques d'effondrement multifactoriel. Lecture controversée mais incontournable du débat français contemporain.
Lien à venirL'urgence et la patience
Par le polytechnicien français devenu figure médiatique du débat énergie-climat. Pédagogie remarquable, controverses incluses sur le nucléaire. Lecture de référence pour comprendre les contraintes physiques.
Lien à venirHow to Avoid a Climate Disaster
Approche entrepreneuriale-techno-optimiste du sujet par le co-fondateur de Microsoft. Lecture utile pour comprendre la perspective des grands investisseurs climatiques (Breakthrough Energy).
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Synthèse politique récente sur les blocages institutionnels et démocratiques de la transition. Très utile pour saisir le tournant 2024-2025 (recul Green Deal, retour Trump).
Lien à venirReasons to Be Cheerful
Par la responsable du Our World in Data (Oxford). Synthèse data-driven sur les progrès réels et les défis restants. Antidote à la fois au climato-déni et au catastrophisme paralysant.
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