Capitalisme

Façade de la Bourse de New York (NYSE), Wall Street · Jean-Christophe Benoist — CC BY 3.0
Économie mondiale Lycée Tombe au bac
Définition

Système économique fondé sur trois piliers : la propriété privée des moyens de production, le marché libre et la recherche du profit. Devenu dominant à l'échelle mondiale depuis le XIXᵉ siècle.

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Le capitalisme est aujourd’hui le seul système économique vraiment dominant sur la planète. Même la Chine et le Vietnam, officiellement communistes, en pratiquent une variante. C’est aussi le système le plus discuté de l’histoire — célébré par les uns comme le moteur du progrès, dénoncé par les autres comme la cause des inégalités et de la crise écologique. Voici ce qu’il faut comprendre pour le bac.

Trois piliers, une logique unique

Au sens strict, on parle de capitalisme quand trois éléments sont réunis :

PropriétéprivéeMarché libreRecherchedu profitUsines, terres,entreprises etcapitaux possédéspar des personnes≠ propriété d’Étatou collectiveLiberté de fixerles prix, choisir,acheter, vendre,embaucher≠ économieplanifiée par l’ÉtatLe capitalest investi pourgénérer un profit,puis réinvesti→ accumulationdu capitalLes trois piliers du capitalisme

Si l'un des trois piliers manque, on n'est plus dans le capitalisme. L'URSS avait des marchés noirs et un peu de propriété privée mais sa logique restait planifiée. La Suède a un État fort mais respecte les trois piliers — c'est bien un capitalisme.

À cela s’ajoute le salariat : la majorité de la population travaille pour un employeur en échange d’un salaire (et non comme paysan indépendant ou artisan). C’est la grande nouveauté du XIXᵉ siècle.

Une histoire en quatre étapes

1. Le capitalisme marchand (XVIᵉ – XVIIIᵉ siècle)

Les Grandes Découvertes (1492) ouvrent un marché mondial. Les bourgeois des grandes villes — Venise, Anvers, Amsterdam, puis Londres — financent des expéditions commerciales coûteuses (épices, sucre, esclaves) en mettant leurs capitaux en commun. La VOC (Compagnie hollandaise des Indes orientales, 1602) est la première multinationale moderne et la première société à actions cotée en Bourse.

2. Le capitalisme industriel (fin XVIIIᵉ – XIXᵉ siècle)

La machine à vapeur (Watt, 1769), les filatures de coton anglaises et la sidérurgie transforment radicalement la production. Apparaissent l’usine, le prolétariat (ouvriers payés à la journée) et la bourgeoisie industrielle. C’est dans ce contexte que Marx théorise le capitalisme — pour mieux le combattre.

3. Le capitalisme financier (XXᵉ siècle)

Au XXᵉ siècle, les banques et les marchés boursiers deviennent le moteur. Les multinationales américaines dominent (General Motors, Coca-Cola). Le dollar s’impose comme monnaie mondiale après Bretton Woods (1944). La crise de 2008 (subprimes, Lehman Brothers) révèle les excès de cette finance dérégulée.

4. Le capitalisme numérique / des plateformes (XXIᵉ siècle)

Apple, Google, Amazon, Microsoft, Meta, Nvidia : les GAFAM dépassent en valeur les économies de pays entiers. Le « capital » n’est plus une usine mais une plateforme captant les données et l’attention. Naissance d’un capitalisme de surveillance (Shoshana Zuboff, 2019) où l’utilisateur lui-même devient la marchandise.

Deux pères en miroir : Smith et Marx

Pour comprendre le capitalisme, deux livres et deux penseurs s’affrontent depuis 250 ans.

Portrait à l'huile d'Adam Smith. Homme du XVIIIe siècle, perruque blanche, costume sombre élégant, regard droit. Peinture connue sous le nom de « portrait Muir ».
Adam Smith (1723–1790), philosophe écossais, père de l'économie politique. Dans La Richesse des nations (1776), il défend l'idée que la recherche de l'intérêt individuel produit, par une « main invisible », le bien collectif. Source : Wikimedia Commons, domaine public.

« Ce n’est pas de la bienveillance du boucher, du brasseur ou du boulanger que nous attendons notre dîner, mais bien du soin qu’ils apportent à leurs intérêts. » — Adam Smith, La Richesse des nations, 1776

Photographie en noir et blanc de Karl Marx, prise par John Mayall en 1875. Homme âgé à l'épaisse barbe et chevelure blanches, vêtu d'un costume sombre, regard intense.
Karl Marx (1818–1883), philosophe, économiste et révolutionnaire allemand. Dans Le Capital (1867), il dénonce l'exploitation salariale comme moteur caché du profit, et appelle à dépasser le capitalisme par une révolution. Photographie de John Mayall, 1875 — Wikimedia Commons, domaine public.

« L’histoire de toute société jusqu’à nos jours n’a été que l’histoire de luttes de classes. » — Karl Marx & Friedrich Engels, Manifeste du Parti communiste, 1848

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Deux autres penseurs incontournables : John Maynard Keynes (1936) défend l'intervention de l'État pour relancer l'économie en cas de crise — c'est le cadre théorique des Trente Glorieuses (1945–1975). À l'inverse, Milton Friedman et Friedrich Hayek (Prix Nobel 1976 et 1974) théorisent le retour au libéralisme : moins d'État, plus de marché. Ce sont eux qui inspirent Reagan et Thatcher dans les années 1980.

Plusieurs « variétés » de capitalisme

Le capitalisme n’est pas uniforme. Les chercheurs (Bruno Amable, Michel Albert) distinguent plusieurs modèles, qui combinent différemment marché, État et institutions sociales.

ModèlePaysCaractéristiques principales
Libéral anglo-saxonÉtats-Unis, Royaume-Uni, AustralieMarché très libre, bourse puissante, protection sociale faible, syndicats peu présents
Rhénan / continentalAllemagne, Autriche, Pays-BasCogestion entreprise-syndicats, banques (pas la bourse) financent l’industrie, État social développé
NordiqueSuède, Danemark, Norvège, FinlandeÉconomie de marché + très forte protection sociale et impôts élevés
MéditerranéenFrance, Italie, EspagneForte présence de l’État dans l’économie, services publics étendus, réglementation du travail
AsiatiqueJapon, Corée du Sud, TaïwanGrandes entreprises (chaebols, keiretsu) protégées par l’État, exportations
Capitalisme d’ÉtatChine, Vietnam, Russie, SingapourÉconomie de marché pilotée par un État autoritaire, entreprises publiques dominantes

C’est précisément ce qu’illustre la carte interactive en bas de cette fiche : la Heritage Foundation classe les pays selon leur degré de « liberté économique ». Sans surprise, les modèles libéraux et nordiques arrivent en haut ; le capitalisme d’État chinois est classé « peu libre » ; les économies planifiées (Cuba, Corée du Nord) sont au plus bas.

Trois grandes critiques contemporaines

Le capitalisme reste largement dominant, mais il fait face à trois défis majeurs au XXIᵉ siècle.

1. Les inégalités explosent

C’est la démonstration centrale de Thomas Piketty dans Le Capital au XXIᵉ siècle (2013). En analysant deux siècles de données fiscales, il montre que le rendement du capital (r) tend à dépasser la croissance économique (g). Conséquence : ceux qui possèdent du capital s’enrichissent plus vite que ceux qui travaillent. En 2024, les 1 % les plus riches détiennent presque la moitié du patrimoine mondial. C’est un retour aux inégalités du XIXᵉ siècle.

2. Les crises financières se répètent

1929, 1973 (chocs pétroliers), 1987, 1997 (crise asiatique), 2000 (bulle internet), 2008 (subprimes), 2020 (Covid-19), 2022 (inflation). Le capitalisme financier produit régulièrement des bulles spéculatives qui finissent par éclater, avec des conséquences sociales très lourdes (chômage, austérité, montée des extrémismes).

3. Les limites planétaires

C’est la critique la plus récente et peut-être la plus radicale. Le capitalisme repose sur une croissance permanente ; or la planète a des limites physiques (climat, biodiversité, ressources). Plusieurs courants émergent :

  • Décroissance (Serge Latouche) : sortir volontairement de la croissance.
  • Capitalisme vert : continuer à croître mais en découplant croissance et émissions de CO₂.
  • Économie du donut (Kate Raworth) : viser un « espace sûr et juste » entre les besoins humains et les limites planétaires.
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Distinction à maîtriser : capitalismelibéralismeéconomie de marché. Le capitalisme est un système économique (propriété privée + marché + profit). Le libéralisme est une doctrine politique qui défend la liberté individuelle et le moins d'État. L'économie de marché désigne juste l'organisation des échanges par les prix. On peut avoir un capitalisme peu libéral ([Chine](/notions/chine/)) ou une économie de marché non capitaliste (Yougoslavie autogérée).

Au programme

  • Bac terminale SES — Chapitre « Quels sont les sources et les défis de la croissance économique ? » et « Quelles inégalités sont compatibles avec les différentes conceptions de la justice sociale ? ».
  • Bac terminale HGGSP — Thème « Analyser les dynamiques des puissances internationales ». Les modèles capitalistes (USA, Chine, UE) sont à comparer.
  • Bac terminale Histoire« Le monde, l’Europe, la France depuis 1945 » : Trente Glorieuses, néolibéralisme, mondialisation.

Index of Economic Freedom 2026

Score sur 100 attribué par la Heritage Foundation à 184 pays. Plus le score est élevé, plus l'économie est ouverte au marché et faible en intervention publique. Singapour 1ʳᵉ (84,1) ; Corée du Nord dernière (3,0). Survole un pays pour voir son score.

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À retenir

  • Capitalisme = système économique fondé sur la propriété privée, le marché libre et la recherche du profit. C'est l'unique système dominant à l'échelle mondiale depuis 1989.
  • Quatre grands stades historiques : marchand (XVIᵉ), industriel (fin XVIIIᵉ–XIXᵉ), financier (XXᵉ), numérique / plateformes (XXIᵉ).
  • Deux penseurs fondateurs s'opposent : Adam Smith (1776, défense du marché libre) et Karl Marx (1867, critique de l'exploitation salariale).
  • Il existe plusieurs « variétés » du capitalisme : libéral anglo-saxon, rhénan (cogestion sociale), nordique (forte protection sociale + marché), asiatique, et capitalisme d'État chinois.
  • Trois critiques majeures aujourd'hui : inégalités (Piketty), crises financières à répétition, et impossibilité de respecter les limites planétaires.

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0 / 6 questions

  1. Q1.Qui est l'auteur de « La Richesse des nations » (1776), texte fondateur de la théorie capitaliste ?

  2. Q2.Quels sont les trois piliers fondamentaux du capitalisme ?

  3. Q3.Quel pays est classé 1ᵉʳ à l'Index of Economic Freedom 2026 ?

  4. Q4.Que désigne le « capitalisme rhénan » ?

  5. Q5.Quelle est la principale critique de Karl Marx contre le capitalisme ?

  6. Q6.Qu'est-ce que le « capitalisme d'État » ?

Pour aller plus loin

Une sélection de livres pour approfondir cette notion : manuels, essais, romans et classiques.

La Richesse des nations
Classique· 1776

La Richesse des nations

par Adam Smith

Le livre fondateur. Long, mais le chapitre I (sur la division du travail dans la fabrique d'épingles) et le chapitre IV (sur la « main invisible ») sont incontournables. Existe en édition abrégée chez Folio.

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Le Capital, livre I
Classique· 1867

Le Capital, livre I

par Karl Marx

L'autre grand livre fondateur, en miroir. Marx y construit la critique économique du capitalisme et théorise la plus-value. Difficile en V.O. — passer par une bonne édition commentée (« Que sais-je ? » de Marx, ou abrégé de Lefebvre).

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Capitalisme, socialisme et démocratie
Essai· 1942

Capitalisme, socialisme et démocratie

par Joseph Schumpeter

L'économiste autrichien forge le concept de « destruction créatrice » : le capitalisme se renouvelle sans cesse en détruisant ses anciennes structures. Référence majeure pour comprendre l'innovation au XXᵉ siècle.

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Le Capital au XXIᵉ siècle
Essai· 2013

Le Capital au XXIᵉ siècle

par Thomas Piketty

Best-seller mondial fondé sur deux siècles de données fiscales. Démontre que les inégalités produites par le capitalisme tendent à exploser quand l'État ne taxe pas le capital. 1 000 pages, mais accessible.

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Économie du bien commun
Essai· 2016

Économie du bien commun

par Jean Tirole

Par le prix Nobel d'économie français 2014. Une défense raisonnée du capitalisme régulé : le marché fonctionne mais a besoin de l'État pour corriger ses défaillances. Lecture-clé pour nuancer les positions extrêmes.

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