Activité consistant à se déplacer hors de son lieu de résidence habituel pour des motifs de loisir, de découverte ou de soin, pour une durée d'au moins 24 heures et de moins d'un an. Premier secteur d'emploi mondial : un travailleur sur dix vit du tourisme.
Cinq sièges sur dix dans un avion long-courrier sont occupés par des voyageurs de loisir. Cinq billets sur dix vendus dans le monde par les compagnies aériennes. Une chambre d’hôtel sur deux louée chaque nuit. Le tourisme est devenu la première activité humaine de mobilité volontaire — celle qui définit nos vacances, nos rêves, notre rapport au monde.
Et c’est aussi un acteur géopolitique de premier plan : un pays qui ne plaît plus à ses voisins voit ses arrivées s’effondrer en quelques semaines. La mer Rouge en 2026 en est la dernière démonstration.
« Voyager, c’est chercher hors de chez soi ce qu’on n’a pas su trouver chez soi. » — Théophile Gautier, Voyage en Italie, 1852.
Le tourisme en 2025-2026, en quatre chiffres
Le secteur a non seulement digéré le choc Covid (−73 % en 2020), il l’a effacé : 2025 a battu de 110 millions d’arrivées le record de 2019. Mais derrière la croissance, le secteur change de nature.
- Les voyageurs sont plus nombreux mais s’éloignent moins
- Les destinations en vogues deviennent saturées en quelques étés
- L’IA bouleverse la planification du voyage
- Le climat redessine le calendrier des vacances européennes
D’où on vient — brève histoire du voyage de loisir
L’idée que des gens normaux puissent partir en vacances est extrêmement récente. Pendant 99 % de l’histoire humaine, voyager voulait dire fuir, commercer ou conquérir, s’opposant radicalement à notre vision actuelle du tourisme.
Du Grand Tour à Thomas Cook
Le tourisme moderne naît à deux moments. Au XVIIIᵉ siècle, les jeunes aristocrates britanniques partent en Grand Tour à travers Paris, Rome, Florence, Naples : un voyage de six mois à deux ans pour parfaire leur éducation. Le mot anglais tourism en garde la trace.
Le 5 juillet 1841, un pasteur baptiste anglais, Thomas Cook, organise le premier voyage de groupe en train : 570 personnes, Leicester à Loughborough, 12 miles, 1 shilling tout compris. Il vient d’inventer le tour-opérateur.
Les quatre grandes vagues du tourisme
1841-1936 — Tourisme d'élite
Train, Grand Hôtels, palaces. César Ritz à Paris (1898), Carlton à Cannes. Les Anglais inventent la Côte d'Azur d'hiver, les Russes inventent Karlovy Vary. Pas plus de 0,1 % de la population mondiale.
1936-1958 — Démocratisation
Congés payés (Front populaire 1936, USA 1938), camping, Club Med (1950). Les ouvriers européens découvrent la mer. Mais ça reste continental.
1958-2000 — Tourisme de masse mondial
L'avion à réaction (Boeing 707, 1958), les charters, les Tour-opérateurs. Espagne dans les années 1960, Bali et Thaïlande dans les 1980, Cuba et Cambodge dans les 1990. La Méditerranée double sa fréquentation tous les vingt ans.
2000-2026 — Low-cost et plateformes
Ryanair, EasyJet, Booking, Airbnb : le billet à 19 €, l'appartement loué entre particuliers, l'avis Tripadvisor. Une chute Covid violente (2020), un rebond historique (2024-2025), et l'arrivée de l'IA générative pour planifier ses voyages.
2026 et après — Tourisme géopolitique et climatique
Mer Rouge fermée par les Houthis et la guerre Iran-Israël-USA, [Russie](/notions/russie/) boycottée, canicules à 47 °C dans le sud de l'Europe en juillet 2025. Le voyage redevient un acte politique et un choix climatique.
Qui visite qui ?
L’Europe domine, mais l’Asie monte. Les flux racontent les rapports de force.
Une géographie en mouvement
L'Europe domine
54 % des arrivées mondiales. Pourquoi ? Densité de pays, [frontières](/notions/frontieres/) ouvertes (Schengen), patrimoine, infrastructures, monnaie unique. Six des dix premiers pays mondiaux sont européens.
L'Asie monte vite
22 % des arrivées, en forte hausse. Le Japon a doublé sa fréquentation depuis 2019 grâce à un yen faible. La [Chine](/notions/chine/) sortie tardivement du Covid (2023) revient comme grand pourvoyeur de touristes (130 millions de Chinois ont voyagé en 2024).
Les Amériques tassent
15 % des arrivées. Les [États-Unis](/notions/etats-unis/) souffrent de leur visa lourd, mais le Mexique perce. L'Amérique latine reste sous-touristée par rapport à son potentiel — sécurité, distance, prix.
L'Afrique stagne
5 % seulement. L'Égypte et le Maroc captent une grosse part. La crise mer Rouge 2024-2026 et la guerre au Soudan ont gelé toute progression. Pourtant le potentiel — patrimoine, faune, climat — est énorme.
Le surtourisme : quand le voyage tue ce qu’il vient voir
Pendant un siècle, plus de touristes voulait dire plus de richesse. Depuis 2017, le mot surtourisme s’est imposé : à un certain seuil, le visiteur devient un nuisible.
Cinq villes en première ligne
Venise — la ville-musée
50 000 habitants, 28 millions de visiteurs/an. Le centre historique perd 1 000 résidents par an depuis 1980. Depuis avril 2024, taxe de 5 € pour les excursionnistes les jours de pic — première au monde.
Barcelone — la révolte des locaux
Été 2024 : manifestations, slogans « Tourist go home », locataires aspergés au pistolet à eau. Le maire a annoncé l'extinction progressive des 10 000 licences Airbnb. Loyers en hausse de 50 % en dix ans.
Santorin — l'île sous le poids des paquebots
15 000 habitants permanents, jusqu'à 17 000 croisiéristes par jour en haute saison. La municipalité plafonne désormais à 8 000 le nombre de descentes quotidiennes.
Bali — le paradis qui craque
6 millions de visiteurs en 2024 pour 4,3 millions d'habitants. Surconsommation d'eau (3 fois la moyenne mondiale par touriste), bouchons épiques, plages saturées. Taxe de 150 000 roupies (~10 €) à l'arrivée depuis 2024.
Kyoto — la ville qui perd son âme
Quartiers fermés aux touristes étrangers depuis 2024 (Gion, le quartier des geishas). Geishas harcelées photographiées dans la rue. Le Japon, où la politesse est sacrée, vit le surtourisme comme une agression culturelle.
Amsterdam — le « Stay Away »
La ville a lancé en 2023 une campagne Stay Away ciblant les jeunes Britanniques en weekend bachelor. Quotas de croisières divisés par deux d'ici 2028. Plafond Airbnb à 30 nuits par an et par logement.
Tourisme et géopolitique : 2026, l’année des plis
Le tourisme est l’un des indicateurs les plus rapides des tensions internationales. Voici ce qu’on observe au printemps 2026.
Les destinations qui s’effondrent
Mer Rouge — le grand vide
Depuis fin 2023, les Houthis attaquent les navires en mer Rouge. En 2026, la fermeture du [détroit d'[Ormuz](/notions/detroit-ormuz/)](/notions/detroit-ormuz/) et la guerre Iran-Israël-USA ont fait s'effondrer la fréquentation de Charm el-Cheikh, Hurghada, Aqaba. Les croisières évitent le canal de Suez, contournent par le Cap.
[Russie](/notions/russie/) — boycott prolongé
Aucune compagnie occidentale ne dessert la [Russie](/notions/russie/) depuis 2022. Saint-Pétersbourg, longtemps escale phare des Mediterranean Cruises, n'a plus reçu un seul paquebot occidental depuis trois ans. Les arrivées se sont effondrées de ~25 millions à moins de 5 millions.
Levant — l'angle mort
Israël a perdu −65 % de ses arrivées depuis octobre 2023. Le Liban, déjà fragilisé, n'a quasiment plus de tourisme international. La Jordanie souffre par effet de halo régional.
Birmanie, Soudan, Yémen — disparitions
Trois pays ont quasiment disparu de la carte touristique : la Birmanie (junte 2021), le Soudan (guerre civile 2023), le Yémen (Houthis et guerre civile depuis 2014). Bilan officiel : moins de 10 000 visiteurs par an cumulés. C'était plus d'1 million avant 2010.
Et celles qui en profitent
- Turquie : 62 millions d’arrivées en 2025, record absolu. Position centrale, lire faible, Istanbul comme escale.
- Japon : 37 millions, dopé par un yen historiquement bas. Tokyo, Kyoto, Osaka saturés.
- Vietnam et Thaïlande : 18 et 35 millions. L’Asie du Sud-Est rebondit fort post-Covid.
- Pays du Golfe : Dubaï, Doha, Riyad investissent massivement (Coupe du monde 2022, Expo 2030). Croissance à deux chiffres.
Le tourisme suit l’argent et la sécurité. Quand un pays passe de l’un à l’autre — la Tunisie en 2011, la Turquie après 2016, l’Égypte en 2024 — la fréquentation suit en quelques mois.
Tourisme et environnement : la facture climatique
L’industrie touristique est aujourd’hui responsable d’environ 8 % des émissions mondiales de CO2. La moitié vient du seul transport aérien.
Les cinq leviers
- Réduire la fréquence des longs courriers : un Paris-Bangkok = 3 t CO2, soit 1,5 année de budget carbone individuel
- Préférer le train sur l’avion en Europe (TGV émet 100 fois moins par km)
- Allonger les séjours plutôt que multiplier les courts voyages
- Choisir des hébergements certifiés (Green Key, EU Ecolabel, Travelife)
- Compenser avec prudence — la plupart des compensations volontaires sont contestées scientifiquement
L’avenir : slow travel, IA et climat
Trois tendances de fond redessinent le tourisme à l’horizon 2030.
Slow travel
Privilégier la durée, le train, l'immersion. Trains de nuit ressuscités en Europe (Vienne-Paris depuis 2023, Amsterdam-Barcelone testé en 2025). Séjours plus longs, moins fréquents, plus locaux.
IA générative
Selon le rapport Booking 2025, 56 % des voyageurs de moins de 35 ans utilisent ChatGPT ou Gemini pour planifier leurs vacances. Disparition annoncée des comparateurs traditionnels.
Bleisure
Mélange de business et de loisir. Avec le télétravail, des centaines de milliers de cadres prolongent leurs déplacements professionnels d'une semaine de vacances. Lisbonne et Mexico explosent comme villes d'accueil.
Tourisme de proximité
67 % des Français ont passé leurs vacances 2024 en France. Effet inflation, effet Covid prolongé, effet conscience climatique. Tendance partagée en Europe.
Le tourisme au programme
Au lycée, le tourisme arrive en première (géographie générale) et en terminale (HGGSP, thème mondialisation). C’est l’un des objets d’étude qui croisent le mieux flux, acteurs, territoires et enjeux environnementaux.
Trois ordres de grandeur à retenir : 1,5 milliard d’arrivées internationales, 10 % du PIB mondial, 8 % des émissions de CO2. Trois épisodes-balises : 1841 (Cook), 1936 (congés payés), 2020 (effondrement Covid). Trois lieux symboles : Venise (surtourisme), Bali (tourisme tropical), mer Rouge (tourisme géopolitique).
Le tourisme dans le monde (arrivées internationales 2024-2025)
Arrivées de touristes internationaux par pays, en millions. Total mondial : ~1,52 milliard en 2025, record absolu. La France domine depuis trois décennies, l'Europe capte 54 % du flux. Survole un pays pour voir son rang et sa tendance ; clique pour le détail.
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À retenir
- 1,52 milliard d'arrivées internationales en 2025 (record absolu, +5 % vs. 2019). Si l'on compte aussi les voyages domestiques : ~9,2 milliards de déplacements touristiques par an dans le monde.
- Premier secteur d'emploi de la planète : ~330 millions d'emplois, soit 1 travailleur sur 10. Et près de 10 % du PIB mondial (Conseil mondial du voyage).
- Le top 5 des pays les plus visités : France (~93 M), Espagne (~89 M), États-Unis (~76 M), Italie (~64 M), Turquie (~62 M). L'Europe à elle seule capte 54 % des arrivées mondiales.
- Le tourisme moderne naît en 1841 : Thomas Cook organise le premier voyage de groupe (570 personnes en train, Leicester-Loughborough). Industrialisation de masse à partir des congés payés (Front populaire 1936, Fair Labor Act 1938) et de l'aviation low-cost (1990s).
- Coût environnemental : ~8 % des émissions mondiales de CO2, dont la moitié pour le seul transport aérien. Un Paris-New York aller-retour en classe éco = 1,8 t CO2, soit ce que devrait émettre un humain pendant une année entière pour rester sous 2 °C.
- Surtourisme : Venise (28 M visiteurs/an pour 50 000 habitants), Barcelone, Santorin, Bali, Kyoto, Amsterdam, Dubrovnik ont mis en place taxes, quotas, fermetures partielles.
- Tendances 2026 : tourisme expérientiel (« vivre comme un local »), slow travel (train, voyages plus longs), écotourisme certifié, planification voyage par IA générative — la moitié des voyageurs de moins de 35 ans s'en servent déjà.
Auto-évaluation
Teste tes connaissances
Q1.Combien y a-t-il eu d'arrivées touristiques internationales dans le monde en 2025 ?
Explication :Environ 1,52 milliard selon ONU Tourisme, soit un record absolu (+5 % vs. 2019, l'année pré-Covid de référence). Les voyages domestiques portent le total à environ 9 milliards.
Q2.Quel est le premier pays au monde par nombre de touristes accueillis ?
Explication :La France caracole en tête depuis trois décennies (~93 M arrivées en 2024), grâce à sa position centrale en Europe, ses atouts patrimoniaux et son réseau d'infrastructures.
Q3.Qui est considéré comme le père du tourisme moderne ?
Explication :Thomas Cook, pasteur baptiste anglais. En juillet 1841, il organise le premier voyage de groupe en train (570 personnes, Leicester-Loughborough, 12 miles, 1 shilling). Sa société Thomas Cook & Son inventera le tour-opérateur.
Q4.Quel pourcentage des émissions mondiales de CO2 le tourisme représente-t-il ?
Explication :Environ 8 %, dont la moitié provient du seul transport aérien. C'est plus que le transport maritime mondial (~3 %).
Q5.Combien d'habitants pour combien de visiteurs annuels à Venise ?
Explication :Le rapport est de 1 habitant pour 560 visiteurs annuels. La ville a instauré en 2024 une taxe d'entrée de 5 € pour les excursionnistes les jours d'affluence — une première mondiale.
Q6.Quel évènement a provoqué l'effondrement du tourisme en mer Rouge en 2025-2026 ?
Explication :Depuis fin 2023 les Houthis yéménites attaquent les navires en mer Rouge ; en 2026 la fermeture du détroit d'Ormuz et la guerre Iran-Israël-USA ont aggravé l'effondrement du trafic touristique.
Q7.Que désigne le « Grand Tour » au XVIIIᵉ siècle ?
Explication :Le Grand Tour était un voyage de plusieurs mois (parfois années) à travers l'Italie, la France et la Grèce que les jeunes aristocrates britanniques effectuaient pour parfaire leur éducation. Ancêtre direct du tourisme culturel moderne.
Q8.À quoi correspond le « slow travel » ?
Explication :Le slow travel privilégie le train sur l'avion, des séjours longs sur des séjours courts, l'immersion sur la consommation de sites. Tendance forte 2024-2026 chez les voyageurs européens, en lien avec la conscience climatique.
Score : 0 / 8
Pour aller plus loin
Une sélection de livres pour approfondir cette notion : manuels, essais, romans et classiques.
Géographie du tourisme
La référence universitaire francophone : flux, acteurs, territoires, tendances. Indispensable pour la spécialité HGGSP.
Lien à venirVoyage au pays de l'or noir : enquête sur le tourisme
Une critique radicale du tourisme de masse. Style accessible, argument frappant. Ouvre le débat sur l'industrie du loisir.
Lien à venirAtlas du tourisme et des loisirs
Cartes commentées : flux mondiaux, surtourisme, écotourisme, géographie des stations balnéaires.
Lien à venirTravailler dans l'industrie du tourisme
Étude sociologique des coulisses : guides, hôteliers, animateurs. Pour comprendre qui fait tourner la machine.
Lien à venirL'art de voyager
Une philosophie du voyage : pourquoi part-on, qu'attend-on, comment regarder. Lectures de Baudelaire, Wordsworth, Hopper. Lecture-plaisir.
Lien à venirL'invention du tourisme
Histoire culturelle du voyage de loisir : du Grand Tour aux Trente Glorieuses. Solide, érudit.
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