Ensemble des contenus (textes, images, sons, vidéos) qui permettent à un public de connaître et de comprendre les événements et débats du monde. Au sens étroit, l'information journalistique vérifiée — au sens large, tout ce qui circule dans l'espace public via les médias et les réseaux. Élément central des sociétés démocratiques et premier produit de consommation de l'époque contemporaine.
L’information est devenue, selon le sociologue Jürgen Habermas, le « sang qui irrigue la démocratie » : sans elle, pas de débat public éclairé, pas de citoyenneté active, pas de contrôle du pouvoir. Mais en 2026, ce sang est trouble. Trois milliards de personnes utilisent désormais Facebook chaque mois, plus que toutes les rédactions du monde réunies. Les algorithmes des réseaux sociaux décident de ce qu’on lit. Les deepfakes générés par IA brouillent la frontière entre vrai et faux. Et la guerre à Gaza est en train de devenir le conflit le plus meurtrier de l’histoire pour les journalistes.
Comprendre l’information aujourd’hui, c’est comprendre un objet à la fois technique (presse, radio, TV, Internet), politique (qui contrôle ? qui informe ?), économique (qui paie ?) et démocratique (quel rôle dans le vote, le débat, la justice ?). Et c’est suivre quatre révolutions techniques successives qui ont, à chaque fois, redéfini ce que « s’informer » veut dire — depuis l’imprimerie de Gutenberg en 1438 jusqu’aux intelligences artificielles génératives d’aujourd’hui.
Quatre révolutions techniques en cinq siècles
L’histoire moderne de l’information se lit en quatre temps. Chaque révolution technique a élargi le public, accéléré la diffusion, et changé la forme des messages — souvent contre la volonté des pouvoirs en place.
La presse écrite (1631-aujourd’hui)
Tout commence à Mayence en 1438, quand Johannes Gutenberg met au point la presse à caractères mobiles. Avant 1500, l’Europe compte déjà 20 millions de livres imprimés — la diffusion du savoir ne sera plus jamais la même. En France, Théophraste Renaudot fonde La Gazette en 1631 sous le patronage de Richelieu : premier périodique français, 4 pages, quelques centaines d’exemplaires.
Mais la presse devient véritablement un média de masse au XIXᵉ siècle : alphabétisation, lois Ferry sur l’école (1881-82), rotatives industrielles, réseau télégraphique. Le Petit Journal tire à un million d’exemplaires dès 1890. C’est l’âge d’or, qui culmine avec Émile Zola publiant J’accuse… ! en 1898 dans L’Aurore pendant l’affaire Dreyfus — tirage record de 300 000 exemplaires.
Au XXIᵉ siècle, la presse écrite est en crise structurelle. Disparitions : Life en 2007, France Soir en 2011. La presse quotidienne régionale française perd ~3 % de lecteurs par an depuis 2012. Les revenus publicitaires migrent vers Google et Facebook (qui captent 70 % du marché en France). Mais des modèles résistent : Mediapart (2008) compte 220 000 abonnés payants en 2024, Le Monde 600 000.
La radio (1895-aujourd’hui)
Guglielmo Marconi réalise la première transmission sans fil en 1895. La radio devient grand public après 1920 : KDKA Pittsburgh (premier émetteur commercial, 1920), Radio-PTT à Paris (1923), BBC (1922). En France, dans les années 1930, 5 millions de postes de radio dans 41 millions d’habitants.
La radio bouleverse la diffusion de l’information par son immédiateté et son rôle politique majeur. Pendant la Seconde Guerre mondiale, elle devient à la fois arme de propagande (Goebbels distribue des millions de « Volksempfänger » en Allemagne) et arme de résistance (Radio Londres de De Gaulle depuis la BBC : « Les Français parlent aux Français »). Vichy interdit l’écoute des radios étrangères sous peine d’arrestation.
Aujourd’hui, la radio garde une audience étonnamment stable (~40 millions d’auditeurs quotidiens en France, France Inter en tête depuis 2022). Et elle se réinvente par le podcast : 15 millions de Français écoutent au moins un podcast par semaine en 2024.
La télévision (1928-aujourd’hui)
John Logie Baird (1926) et Bell Labs (1928) inventent la télévision. Premier journal télévisé : NBC, 1940. Démocratisation après 1945 : en France, 1 % des foyers en 1954, 80 % en 1970.
Trois grandes étapes : 1962, satellite Telstar permet la première diffusion mondiale en direct ; 1969, 600 millions de téléspectateurs suivent l’alunissage d’Apollo 11 — moment fondateur ; 1980, CNN lance la première chaîne d’information en continu, modèle dupliqué partout (BBC World 1991, Al Jazeera 1996, France 24 en 2006).
La télévision a longtemps été synonyme d’information de masse contrôlée. Monopole d’État en France (RTF puis ORTF jusqu’en 1974 — le ministre de l’Information avait son téléphone direct chez Léon Zitrone), libéralisation à partir des années 1970-80, puis TNT en 2005 (de 6 à 25 chaînes en France). Aujourd’hui, le JT du soir perd son rôle central : la part d’audience de TF1 est passée de 37,3 % (1995) à 20 % (2017). Les jeunes ne regardent plus la télé.
Internet (1990-aujourd’hui)
Tim Berners-Lee invente le World Wide Web au CERN en 1990. Démocratisation à partir de 1995 (Netscape, Yahoo!). Premiers grands acteurs de l’information en ligne : HuffPost (2005, USA), Mediapart (2008, France). Lancement de Facebook en 2004, Twitter en 2006, iPhone en 2007. Avec le smartphone, l’information devient permanente : on consulte 80 fois par jour en moyenne.
Le bouleversement Internet est triple. Horizontal : chacun peut publier — fin du monopole journalistique. Algorithmique : ce sont les machines (Facebook, Google, TikTok) qui décident désormais de ce qu’on voit. Économique : la publicité, ressource historique des médias, s’est déplacée vers les GAFAM (Google + Meta = 50 % du marché mondial de la pub).
L’information comme pouvoir politique
L’information est inséparable du pouvoir. Edmund Burke, parlementaire britannique du XVIIIᵉ siècle, parlait du fourth estate — le « quatrième pouvoir », après le clergé, la noblesse et le tiers-état. La presse est censée surveiller les trois autres. Mais dans les faits, cette mission s’exerce différemment selon les régimes.
Dans les démocraties : un pilier institutionnel
La liberté de la presse y est constitutionnellement protégée. 1ᵉʳ Amendement aux USA (1791) — sans doute le texte le plus protecteur au monde. Loi française du 29 juillet 1881 (Jules Ferry, Waldeck-Rousseau) — qui supprime la censure préalable et établit le régime de la responsabilité a posteriori. Article 19 de la Déclaration universelle (1948).
Cette protection a permis des moments-clés où le journalisme a changé l’histoire :
- Affaire Dreyfus (1898) : J’accuse… ! d’Émile Zola dans L’Aurore tire à 300 000 exemplaires et retourne l’opinion française.
- Muckrakers américains (années 1900) : Ida Tarbell, Upton Sinclair dénoncent les trusts industriels et les abus.
- Vietnam (1965-75) : la « première guerre télévisée » fait basculer l’opinion. La photo de l’exécution du Viet-Cong par le général Loan (Eddie Adams, 1968, prix Pulitzer) et celle de la « petite fille au napalm » (Nick Ut, 1972) sont des icônes mondiales.
- Watergate (1972-74) : Bob Woodward et Carl Bernstein du Washington Post font tomber Nixon. All the President’s Men (1974) deviendra livre et film.
Dans les régimes autoritaires : un terrain de bataille
À l’inverse, depuis Lénine (« la presse est l’organe central du Parti »), les régimes autoritaires considèrent l’information comme une arme de l’État. Trois grandes modalités de contrôle :
- Propagande directe : la presse, la radio, la télévision sont aux mains du pouvoir (URSS de Staline, Allemagne nazie de Goebbels, Chine de Xi Jinping, Corée du Nord de Kim Jong-un).
- Censure et lois répressives : Iran (ministère de l’Orientation islamique), Russie (loi sur les « agents étrangers » et les « fake news militaires », jusqu’à 15 ans de prison), Turquie (lois antiterroristes utilisées contre les journalistes).
- Élimination physique : journalistes assassinés par le régime ou ses proxies. Anna Politkovskaïa (Novaïa Gazeta, Russie, 2006), Jamal Khashoggi (Washington Post, Arabie saoudite, 2018), Daphne Caruana Galizia (Malte, 2017), Ján Kuciak (Slovaquie, 2018), Giorgos Karaivaz (Grèce, 2021). Tous tués pour leurs enquêtes.
Selon le CPJ (Committee to Protect Journalists), plus de 320 journalistes étaient emprisonnés dans le monde fin 2024. Chine (~120) et Israël (~50) en tête.
En temps de guerre : un enjeu critique
La guerre est le moment où le contrôle de l’information se durcit toujours. Première Guerre mondiale : censure des morts français, contrôle des correspondants. Seconde Guerre mondiale : propagande des deux côtés. Vietnam : c’est le premier conflit où les images filmées non contrôlées par les militaires arrivent dans les salons américains — et finissent par retourner l’opinion. Guerre du Golfe (1991) : leçon retenue par le Pentagone qui crée le système des embedded journalists (journalistes intégrés aux unités, donc dépendants).
Aujourd’hui, la guerre à Gaza depuis octobre 2023 est devenue le conflit le plus meurtrier de l’histoire pour les journalistes : ~200 tués en 14 mois selon le CPJ. À comparer aux ~63 tués pendant 20 ans de guerre du Vietnam, ou aux ~70 pendant la Seconde Guerre mondiale. Inédit.
La liberté de presse dans le monde aujourd’hui
Reporters sans frontières publie chaque année un classement de la liberté de la presse dans 180 pays, basé sur cinq indicateurs (politique, économique, juridique, social, sécurité). Cette carte permet de visualiser l’état de l’information mondiale en 2024 — et le tableau est sombre : selon RSF, 78 % de la population mondiale vit dans un pays où la situation de la presse est « problématique » à « très grave ».
Quelques cas emblématiques pour comprendre où en est l’information mondiale :
- La Norvège (1ʳᵉ, 91,89/100) : démocratie médiatique modèle. Loi de transparence de 2006. NRK service public solide. Pluralisme effectif.
- La France (21ᵉ, 78,65) : protégée par la loi de 1881, mais avec une concentration médiatique qui inquiète RSF — Vincent Bolloré possède CNews, Europe 1, JDD, Hachette Livre, Editis.
- Les États-Unis (55ᵉ, 66,59) : 1ᵉʳ Amendement très protecteur mais polarisation extrême (60 % des Républicains considèrent la presse comme « l’ennemi du peuple », Pew 2024). Trump 2 menace plusieurs grands médias en 2025.
- La Russie (162ᵉ, 31,06) : effondrement total depuis février 2022. Tous les médias indépendants fermés ou bannis. Novaïa Gazeta interdite, Memorial dissoute, Echo Moskvy fermée.
- La Chine (172ᵉ, 22,97) : ~120 journalistes en prison (record mondial). Grande Muraille numérique bloque ~10 000 sites. Réseaux sociaux occidentaux interdits.
- L’Érythrée (180ᵉ, 16,64) : dernière depuis 2007. Aucun média privé. Plus de 15 journalistes emprisonnés sans procès depuis 2001 — la majorité morte en détention.
Internet : la révolution permanente
Le tournant Internet a bouleversé chaque dimension de l’information. Cinq grands changements sont à retenir.
Un modèle horizontal
Avant Internet, le modèle était vertical : quelques médias (Le Monde, France 2, TF1) → un public passif. Aujourd’hui, le modèle est horizontal : chacun peut publier, partager, commenter. Lors du Printemps arabe (2010-12), du mouvement Black Lives Matter (2014, 2020), des manifestations en Algérie (2019), de la guerre en Ukraine (2022), des citoyens-reporters ont produit des informations de première main qui ont parfois devancé les grandes rédactions. L’OSINT (Open Source Intelligence) est devenu une discipline : Bellingcat, Conflict Intelligence Team, Storyful identifient en temps réel les positions militaires, les responsabilités d’attaques, les manipulations.
Les GAFAM comme gardiens du temple
Mais l’information dépend désormais des GAFAM, pas seulement des journalistes. Google + Meta captent ~50 % du marché publicitaire mondial. Facebook, Instagram, TikTok, YouTube décident des contenus mis en avant par leurs algorithmes. Si un article ne « performe » pas, il disparaît. Si une thèse complotiste « engage », elle prolifère.
Fake news, deepfakes, bulles de filtres
L’effondrement de la hiérarchie de l’information a une conséquence inquiétante : sur Facebook ou X, une info vérifiée par Le Monde est visuellement équivalente à un mème complotiste. Et les algorithmes favorisent ce qui engage, donc ce qui choque, indigne, simplifie. Eli Pariser parle de « bulles de filtres » (2011) : chacun reçoit un fil personnalisé qui le conforte dans ses idées.
Deux scandales emblématiques :
- Cambridge Analytica (2018) : 87 millions de profils Facebook aspirés sans consentement par cette firme britannique pour cibler les électeurs. Influence sur le Brexit (2016) et la présidentielle Trump (2016). Christopher Wylie, lanceur d’alerte, témoigne au Parlement britannique et au Congrès américain. Facebook écope d’une amende de 5 Md $.
- Désinformation par IA générative (2024) : « année du vote » (4 Md d’électeurs dans le monde) marquée par les premiers deepfakes de masse. Faux appel de Biden au téléphone (New Hampshire, janvier 2024), fausse photo de Macron avec une cagoule (campagne 2024), faux discours de Marine Le Pen. Détection souvent trop lente.
L’Union européenne tente une riposte avec le Digital Services Act (DSA, 2023-2024) qui oblige les très grandes plateformes (>45 M d’utilisateurs en UE) à modérer leurs contenus illégaux, à être transparentes sur leurs algorithmes, et à coopérer avec les régulateurs nationaux (ARCOM en France). Amendes possibles jusqu’à 6 % du chiffre d’affaires mondial.
Les lanceurs d’alerte, nouveaux héros (ou traîtres ?)
Internet a aussi rendu possible une nouvelle figure : le lanceur d’alerte. Personne interne qui révèle des dysfonctionnements de grande ampleur, souvent avec l’aide de journalistes.
- Wikileaks (2010) : Julian Assange publie 251 287 câbles diplomatiques américains avec Le Monde, The Guardian, Der Spiegel, NYT, El País. Source : Chelsea Manning, analyste de l’armée US, condamnée à 35 ans (libérée par Obama). Assange est extradé aux USA en juin 2024 après 12 ans dans l’ambassade équatorienne de Londres puis en prison à Belmarsh — il plaide coupable et est libéré.
- Edward Snowden (2013) : consultant NSA révèle le programme de surveillance globale PRISM au Guardian et au Washington Post via Glenn Greenwald et Laura Poitras. Pulitzer 2014 pour les deux journaux. Snowden est réfugié en Russie depuis.
- Panama Papers (2016) et Pandora Papers (2021) : ICIJ (International Consortium of Investigative Journalists) coordonne ~400 journalistes pour publier les fuites des cabinets offshore Mossack Fonseca et Asiaciti. Démissions en chaîne (Premier ministre islandais, Pakistan), enquêtes fiscales massives.
Anonymous et le hacktivisme
Une autre figure : le hacktiviste. Collectif Anonymous, créé en 2003 sur le forum 4chan, mène des opérations contre la Scientologie (2008), Wikileaks (2010, attaques contre Visa/Mastercard qui bloquaient les dons), l’État islamique (2015), la Russie (2022, vol et publication de données du Kremlin).
L’avenir de l’information
Trois grandes lignes de tension structureront l’information dans les années qui viennent.
La régulation des plateformes. L’Europe a engagé le DSA et le DMA (Digital Markets Act), avec des premiers résultats. Les États-Unis hésitent : Section 230 du Communications Decency Act protège les plateformes mais est remise en cause. La Chine, l’Inde, le Vietnam imposent leurs propres règles très restrictives. Aucun consensus mondial — alors que les plateformes sont globales.
Le modèle économique de la presse. Les abonnements numériques fonctionnent pour quelques grands titres (Le Monde 600 000, Mediapart 220 000, NYT 10 M, FT 1,5 M). Mais la masse de la presse régionale et spécialisée souffre. Le projet de financement public de la presse (sur le modèle nordique) fait débat en France comme aux USA. Reuters Institute estime que 56 % des sites de presse mondiaux dépendent désormais des subventions plutôt que de la publicité.
L’irruption de l’intelligence artificielle. ChatGPT (lancé novembre 2022), Gemini, Claude, Llama — ces grandes IA génératives peuvent désormais rédiger des articles, créer des deepfakes vidéos quasi indétectables, générer en masse de la désinformation crédible. Les rédactions s’équipent (l’AP utilise des IA depuis 2014 pour les dépêches sportives), mais le risque d’effondrement de la confiance est réel. Selon Reuters Institute 2024, 74 % des Français se déclarent inquiets de la qualité de l’information à cause de l’IA générative.
À consulter — Reuters Institute, Digital News Report 2024 (juin 2024) : la grande référence annuelle sur la consommation mondiale d’information, basée sur 95 000 personnes dans 47 pays. Téléchargeable gratuitement.
Au programme
- Bac terminale — HGGSP (chapitre central) : « S’informer : un regard critique sur les sources et modes de communication ». Études : la presse écrite, la radio comme média de masse, photojournalisme, télévision (de Gaulle, 60 Minutes…), réseaux sociaux, fake news, lanceurs d’alerte.
- Bac — Spécialité Humanités, littérature et philosophie : « La représentation de la vérité dans la presse », « Liberté d’expression et démocratie ».
- EMC (lycée) : « Libertés, droits et pouvoirs de la presse », « Lutter contre la désinformation ».
- Brevet — EMC : les médias, le rôle des journalistes, distinguer une information vraie d’une fausse.
Classement mondial de la liberté de la presse 2024
Indice de Reporters sans frontières (RSF) sur 180 pays — score global sur 100 combinant 5 indicateurs : politique, économique, juridique, social, sécurité. Une carte qui révèle où informer librement est possible — et où c'est devenu un risque mortel.
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À retenir
- Presse écrite (1631) → radio (1920) → télévision (1945) → Internet (1990) : quatre révolutions techniques qui ont chacune redéfini ce qu'« informer » veut dire.
- Liberté de la presse = pilier de toute démocratie. Loi française de 1881, 1ᵉʳ Amendement américain (1791), article 19 de la Déclaration universelle (1948). En 2024 : seulement 8 pays sur 180 classés « bons » par RSF.
- L'information est aussi une arme. Propagande nazie (Goebbels), Radio Londres (Résistance), guerre du Vietnam comme « première guerre télévisée », Cambridge Analytica (2018) — toujours un enjeu politique majeur.
- Internet a tout changé : 5,4 Mds d'internautes (2024), modèle vertical → horizontal, fin du monopole des journalistes, montée des fake news. Mais aussi les lanceurs d'alerte (Wikileaks 2010, Snowden 2013, Panama Papers 2016).
- Trois grandes menaces actuelles : la concentration médiatique (Murdoch, Bolloré), la dépendance aux [GAFAM](/notions/gafam/) pour la diffusion, la désinformation industrielle (boostée par l'IA en 2024).
- RSF 2024 — situation mondiale : Norvège 1ʳᵉ (91,89/100), France 21ᵉ (78,65), USA 55ᵉ (66,59), Russie 162ᵉ (31,06), Chine 172ᵉ (22,97), Érythrée 180ᵉ (16,64).
Auto-évaluation
Teste tes connaissances
Q1.De quand date la loi française fondatrice sur la liberté de la presse ?
Explication :La loi du 29 juillet 1881, sous la IIIᵉ République (Jules Ferry, René Waldeck-Rousseau). Toujours en vigueur. Elle abolit la censure préalable et établit le régime de la responsabilité a posteriori : on peut publier librement, mais on est responsable devant le juge. Considérée comme l'une des plus libérales au monde.
Q2.Qui a écrit le premier journal d'information française ?
Explication :Théophraste Renaudot fonde *La Gazette* le 30 mai 1631, avec le soutien de Richelieu. C'est le premier périodique français — un hebdomadaire de 4 pages. Renaudot est aussi l'inventeur du Mont-de-Piété, de la petite annonce et du premier bureau d'aide aux pauvres. Un prix littéraire (1926) porte son nom.
Q3.Quel événement marque la première « guerre télévisée » de l'histoire ?
Explication :La guerre du Vietnam (1964-1975). Les images filmées en couleur des combats et des victimes (la petite fille au napalm, l'exécution du Viet-Cong par le général Loan en 1968) ont retourné l'opinion américaine. Lyndon Johnson aurait dit après le tournant du Têt 1968 : « Si j'ai perdu Cronkite, j'ai perdu l'Amérique. »
Q4.Quel scandale a révélé l'utilisation massive des données Facebook à des fins politiques ?
Explication :Cambridge Analytica (2018) : 87 millions de profils Facebook aspirés sans consentement par cette firme britannique pour le microciblage électoral. Influence sur le référendum Brexit (2016) et la présidentielle Trump (2016). Christopher Wylie, lanceur d'alerte. Facebook (Meta) écope d'une amende de 5 Md $ aux USA et l'entreprise est dissoute.
Q5.Quel est le pays classé 1ᵉʳ au classement RSF de la liberté de la presse en 2024 ?
Explication :La Norvège, 1ʳᵉ depuis 2017 selon Reporters sans frontières. Score 91,89/100 sur 5 indicateurs (politique, économique, juridique, social, sécurité). Suivie du Danemark (89,46) et de la Suède (88,32). Tous trois ont des médias publics solides, des lois de transparence avancées et un pluralisme garanti.
Q6.Quel président américain a démissionné suite à une enquête journalistique ?
Explication :Richard Nixon, après l'enquête du *Washington Post* (Carl Bernstein et Bob Woodward) sur l'affaire du Watergate (1972-74). Le 9 août 1974, Nixon devient le premier président américain à démissionner — il fut menacé d'*impeachment*. Source clé des deux journalistes : 'Deep Throat', révélé en 2005 comme Mark Felt (directeur adjoint du FBI).
Q7.Quel pays est classé dernier (180ᵉ) au classement RSF 2024 ?
Explication :L'Érythrée — la « Corée du Nord africaine » — dernière au classement RSF depuis 2007 (score 16,64/100). Aucun média privé. Tous les journalistes étrangers expulsés depuis 2008. ~15 journalistes en prison depuis 2001 sans procès. Régime d'Issayas Afewerki au pouvoir depuis 1993.
Q8.Combien de journalistes ont été tués dans le conflit israélo-palestinien depuis octobre 2023 ?
Explication :~200 journalistes tués à Gaza et au Liban entre octobre 2023 et fin 2024 selon le CPJ (Committee to Protect Journalists). C'est de loin le conflit le plus meurtrier de l'histoire pour la profession — plus de morts en 14 mois que pendant toute la guerre du Vietnam (1955-75) ou la Seconde Guerre mondiale.
Score : 0 / 8
Pour aller plus loin
Une sélection de livres pour approfondir cette notion : manuels, essais, romans et classiques.
Histoire de la presse française — De Théophraste Renaudot à la révolution numérique
Synthèse de référence par le grand historien de la presse française (Paris 1). De 1631 à 2018, 380 pages denses mais accessibles. Idéal pour HGGSP et concours. Couvre la presse écrite, radio, TV, Internet.
Lien à venirThe Filter Bubble — How the New Personalized Web Is Changing What We Read and How We Think
Le livre qui a popularisé le concept de « bulle de filtre » : les algorithmes nous enferment dans nos opinions. Pariser analyse Facebook, Google, YouTube. Toujours d'actualité 13 ans après — encore plus avec l'IA générative.
Lien à venirHow to Stand Up to a Dictator
Mémoires de la fondatrice de Rappler (Philippines), Prix Nobel de la paix 2021. Récit de son combat contre Duterte et contre la désinformation Facebook qui a mené à son élection. Concret et puissant — ce que c'est qu'être journaliste sous une démocratie illibérale.
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